Une nature morte de Lubin Baugin retrouvée après 400 ans mise aux enchères à Vichy

Mise à jour 18 août 2025 par Redak

Mise à jour du 18 août 2025 : record mondial pour un tableau de Lubin Baugin

La vente tant attendue s’est soldée par un succès historique à Vichy Enchères. La Nature morte aux financiers de Lubin Baugin a été adjugée à 550 000 euros, soit plus du double de son estimation initiale (200 000 – 300 000 €).

Cette adjudication devient le record mondial pour une œuvre du peintre français du XVIIe siècle, dépassant largement les précédents sommets atteints :

  • Olinde et Sophronie sur le bûcher, vendue 296 208 € chez Sotheby’s à New York en 2016.
  • Adam et Ève pleurant Abel, adjugée 293 750 € à Toulouse en 2023 avant de rejoindre les collections du Louvre.

Malgré son caractère inédit et sa valeur historique exceptionnelle, le tableau rejoint une collection privée. Il restera ainsi l’un des rares témoins de la première carrière de Baugin, aux côtés des quatre autres natures mortes connues conservées au Louvre, au musée des Beaux-Arts de Rennes et à la Galerie Spada de Rome.


Le samedi 16 août 2025, la ville thermale de Vichy sera au centre de toutes les attentions. La maison Vichy Enchèresproposera à la vente la cinquième nature morte connue de Lubin Baugin, peintre français du XVIIe siècle dont l’œuvre reste en grande partie entourée de mystère.

Cette pièce exceptionnelle, intitulée Nature morte aux financiers, est une huile sur bois de 46,5 x 60 cm, estimée entre 200 000 et 300 000 euros. Sa rareté, son état de conservation et son importance historique en font un événement majeur pour les collectionneurs, les musées et les historiens de l’art.


Une découverte inattendue

En novembre 2024, lors d’un inventaire chez des particuliers, Étienne Laurent, commissaire-priseur chez Vichy Enchères, découvre un tableau ancien qui retient immédiatement son attention. L’œuvre est transmise à René Millet, expert en tableaux anciens, qui constate des points communs frappants avec La nature morte aux gaufrettes conservée au Louvre. Après analyse stylistique et technique, l’authenticité de la toile est confirmée.

Jusqu’alors, seules quatre natures mortes de Baugin étaient connues :

  • Deux au musée du Louvre (Nature morte aux gaufrettes et Nature morte au jambon).
  • Une au musée des Beaux-Arts de Rennes.
  • Une conservée à Rome.

La découverte de cette cinquième œuvre change la donne et enrichit considérablement le corpus du peintre.

Tableau perdu de Lubin Baugin retrouvé lors d’un inventaire en France
Nature morte aux financiers, de Lubin Baugin, vers-1630 – Mis en vente par Vichy-Enchères le 16 août 2025.

Encadré historique : Lubin Baugin, l’énigmatique maître du Grand Siècle

Lubin Baugin (1610-1663) est l’un des artistes les plus singuliers du XVIIe siècle français. Originaire de Pithiviers, il se forme probablement à Paris avant de partir pour l’Italie où il séjourne de nombreuses années.

Une double carrière

Baugin a une carrière atypique :

  • Première période : réalisation de natures mortes d’une précision et d’un raffinement extrêmes, influencées par la peinture flamande et par le réalisme caravagesque.
  • Seconde période : virage vers la peinture religieuse, avec des compositions plus monumentales et théâtrales.

Une œuvre rare

Son œuvre est d’autant plus précieuse que peu de tableaux sont conservés. Les historiens soulignent la qualité de ses compositions, où chaque élément est choisi pour sa symbolique, et l’équilibre presque mathématique des lignes et des couleurs.

Le mystère Baugin

Peu de documents d’archives permettent de retracer précisément sa vie. Ce manque d’informations, associé à la rareté de ses œuvres, explique pourquoi chaque nouvelle découverte est accueillie comme un événement majeur.


Une composition riche en symboles

La Nature morte aux financiers a été peinte sur deux plateaux de chêne reliés par des agrafes, technique également utilisée dans sa Nature morte aux gaufrettes.

Les éléments représentés

  • Les financiers (ou visitandines) : pâtisseries moelleuses, très appréciées au XVIIe siècle, qui rappellent la douceur et le plaisir terrestre.
  • Les fruits secs : symboles de conservation, d’abondance et de prospérité.
  • Le sucre cristallisé : produit rare et coûteux à l’époque, signe de luxe et de raffinement.
  • Le pain et le vin : évocation claire de l’eucharistie et de la dimension sacrée, introduisant une tension entre la gourmandise et la spiritualité.

Cette mise en scène subtile fait dialoguer plaisir des sens et méditation morale, un équilibre caractéristique des natures mortes du Grand Siècle.


Analyse technique de l’œuvre

Les experts ont relevé plusieurs points qui confirment la main de Baugin :

  1. La palette chromatique : teintes chaudes et dorées, ponctuées de bruns profonds, typiques de ses premières œuvres.
  2. Le traitement de la lumière : éclairage latéral qui sculpte les formes et accentue les textures, rappelant l’influence caravagesque.
  3. La précision des détails : rendu des cristaux de sucre, texture moelleuse des financiers, surface rugueuse du pain.
  4. La construction géométrique : organisation rigoureuse, presque architecturale, où chaque élément est placé selon une logique harmonique.

Les analyses infrarouges et radiographiques ont montré que Baugin travaillait avec peu de repentirs, signe d’une conception très claire de sa composition dès le départ.


Une double rencontre : art et gastronomie

Vichy Enchères a souhaité associer cette découverte à une expérience sensorielle complète. Le vendredi 15 août à 18h, René Millet donnera une conférence publique pour présenter l’œuvre, son histoire et son importance.

À l’issue de cette présentation, le chef-pâtissier Julien Meunier proposera un financier à la pistache “Le Baugin”, spécialement imaginé pour l’événement. Cette création gourmande sera disponible ensuite dans sa boutique, permettant aux visiteurs de prolonger l’expérience au-delà de la salle des ventes.


Un enjeu pour les collectionneurs et les musées

L’acquisition de cette œuvre pourrait attirer aussi bien des collectionneurs privés que des institutions publiques. Pour un musée, intégrer une nature morte supplémentaire de Baugin dans ses collections permettrait :

  • D’illustrer une période rare et précieuse de l’histoire de la peinture française.
  • De renforcer les liens entre art et histoire sociale du XVIIe siècle.
  • D’offrir au public une pièce qui relie patrimoine matériel et symbolique.

Informations pratiques

  • Vente aux enchères : samedi 16 août 2025, 14h, Vichy Enchères.
  • Participation : en salle, sur ordre, par téléphone ou en ligne via Interencheres.com.
  • Conférence : vendredi 15 août 2025 à 18h, Vichy Enchères, animée par René Millet.
  • Plus d’infos : site officiel

Marie

Je suis Marie Dupras, reconnue pour être l'élément le plus énergique de notre équipe. Passionnée par l'acquisition de nouvelles connaissances, je consacre mes week-ends à explorer les musées et à participer fréquemment à des ventes aux enchères. Mon petit défaut ? Je ne résiste pas à l'envie d'acheter, mais cela s'accompagne d'un talent pour la recherche approfondie et la narration captivante d'histoires enrichies de conseils d'experte.

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