Sotheby’s met en vente quatre chefs-d’œuvre de la collection Lewis signés Bacon, Freud et Kossoff

Mise à jour 18 février 2026 par Redak

La maison de ventes Sotheby’s s’apprête à marquer les esprits avec un événement qui fera date dans le monde de l’art contemporain. Le 4 mars 2026, lors de sa vente du soir « Modern & Contemporary Evening Auction » à Londres, quatre tableaux exceptionnels issus de la collection Lewis seront proposés aux enchérisseurs du monde entier. Un autoportrait de Francis Bacon peint en 1972, deux portraits signés Lucian Freud et une toile magistrale de Leon Kossoff composent ce quatuor d’une puissance rare. Ensemble, ces œuvres incarnent le sommet de ce qu’on appelle l’école de Londres, un mouvement artistique qui a profondément redéfini la peinture figurative d’après-guerre.

C’est la toute première fois que des œuvres de cette collection légendaire sont officiellement proposées aux enchères. L’estimation globale dépasse les 18,6 millions de livres sterling, soit environ 25 millions de dollars. Avant d’arriver à Londres, ces peintures ont été exposées au Breuer Building à New York du 17 au 19 février, offrant aux amateurs américains un dernier regard sur ces trésors avant leur passage sous le marteau.

Qui est Joe Lewis, le collectionneur derrière cet ensemble remarquable ?

Pour comprendre l’ampleur de cette vente, il faut d’abord s’intéresser à l’homme qui a constitué cette collection au fil des décennies. Joe Lewis est un homme d’affaires britannique né en 1937 dans l’East End de Londres, au-dessus du pub familial de Roman Road, à Bow. Fils d’un restaurateur, il quitte l’école à 15 ans pour aider son père à gérer leur entreprise de restauration, Tavistock Banqueting. Après avoir revendu l’affaire familiale à la fin des années 1970, Lewis se lance dans le trading de devises et bâtit une fortune colossale.

Son coup d’éclat le plus célèbre remonte au mercredi noir de septembre 1992, lorsqu’il parie – aux côtés de George Soros – sur la chute de la livre sterling face au mécanisme de change européen. Ce seul pari lui rapporte des centaines de millions de dollars. Depuis, Lewis a diversifié ses investissements à travers le Tavistock Group, un conglomérat qui contrôle plus de 200 entreprises dans 15 pays, dans des secteurs aussi variés que l’immobilier, l’hôtellerie, la biotechnologie ou encore le sport.

Les amateurs de football le connaissent comme l’ancien propriétaire majoritaire de Tottenham Hotspur, le club londonien de Premier League, qu’il a acquis en 2001. Sa fortune personnelle est estimée à environ 7 milliards de dollars en 2026.

Mais au-delà des chiffres, Joe Lewis est un passionné d’art. Sa collection, constituée avec sa fille Vivienne, est évaluée à environ un milliard de dollars. Elle comprend des œuvres de Picasso, Matisse, Henry Moore, Edgar Degas et bien sûr les grands noms de l’école de Londres. En 2008, Lewis avait acquis le Triptych 1974-1977 de Francis Bacon pour 26,3 millions de livres, un record à l’époque pour une œuvre d’après-guerre vendue en Europe. En 2018, il avait fait les gros titres en vendant le célèbre Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) de David Hockney chez Christie’s pour 90,3 millions de dollars, un record alors pour un artiste vivant.

Sa passion pour l’art est telle qu’il expose certaines de ses pièces les plus précieuses à bord de son superyacht Aviva, un navire de 98 mètres construit par Abeking & Rasmussen et évalué à 250 millions de dollars. Le Triptych de Bacon y est notamment exposé sur le pont inférieur, encadré dans des cadres dorés – un choix qui fait sourciller les conservateurs mais qui témoigne de l’attachement viscéral de Lewis à ses œuvres.

L’école de Londres : un mouvement artistique à contre-courant

Les quatre tableaux proposés chez Sotheby’s sont bien plus que de simples œuvres d’art. Ils racontent l’histoire d’un mouvement qui a osé nager à contre-courant de son époque. L’école de Londres n’était pas un mouvement au sens classique du terme, avec un manifeste et des règles établies. C’était plutôt un regroupement informel d’artistes basés à Londres qui partageaient une conviction commune : la figure humaine méritait d’être au centre de l’art, à une époque où l’abstraction, le minimalisme et l’art conceptuel dominaient le discours artistique d’après-guerre.

Le terme a été inventé par l’artiste R.B. Kitaj dans les années 1970 pour décrire ce groupe de peintres londoniens qui poursuivaient obstinément leur propre vision figurative. Francis Bacon, Lucian Freud, Leon Kossoff, Frank Auerbach, David Hockney, Howard Hodgkin et Michael Andrews en faisaient partie. Chacun travaillait de manière indépendante, mais tous partageaient cette obsession pour le corps, le visage, la psychologie de leurs sujets.

Le quartier de Soho servait de creuset social et psychologique à ce milieu. Francis Bacon en était le centre de gravité. Chaque jour, il fréquentait le French House, le Wheeler’s Restaurant et surtout le Colony Room Club, un lieu de rencontre qui attirait des artistes d’âges et de sensibilités différentes. Bacon et Freud se voyaient quotidiennement pendant vingt-cinq ans après s’être rencontrés au milieu des années 1940. Frank Auerbach, Michael Andrews et d’autres gravitaient autour de ce noyau bouillonnant.

L’héritage de ces artistes est considérable. Leur engagement sans compromis envers la peinture figurative a jeté les bases de ce qui se fait aujourd’hui, influençant toute une génération d’artistes à travers le monde, de Jenny Saville à Tracey Emin, en passant par Cecily Brown et Hurvin Anderson.

L’autoportrait de Francis Bacon (1972) : la pièce maîtresse de la vente

La star incontestée de cette vente est l’autoportrait de Francis Bacon peint en 1972, estimé entre 8 et 12 millions de livres sterling. Cette toile est l’une des œuvres les plus chargées émotionnellement de toute la carrière de Bacon, et pour cause : elle a été réalisée dans l’ombre d’une perte personnelle dévastatrice.

En octobre 1971, alors que sa grande rétrospective s’apprête à ouvrir au Grand Palais à Paris – une consécration pour n’importe quel artiste –, George Dyer, le compagnon, la muse et le modèle principal de Bacon, met fin à ses jours. Dyer, ancien petit délinquant de l’East End devenu l’un des sujets les plus récurrents de l’œuvre de Bacon, se suicide en ingérant des doses massives de somnifères et d’alcool dans leur chambre d’hôtel parisienne, quelques heures avant le vernissage.

Cette tragédie va profondément transformer l’art de Bacon. Dans les mois qui suivent, il produit les célèbres Triptiques noirs, considérés comme ses œuvres les plus puissantes, qui affrontent le deuil à travers des compositions fragmentées et des couleurs viscérales. Les autoportraits qui émergent de cette période, dont celui proposé chez Sotheby’s, condensent ce paysage émotionnel en figures solitaires.

Bacon confiera plus tard dans des entretiens que les gens autour de lui mouraient « comme des mouches » et qu’il ne lui restait « plus personne d’autre à peindre que lui-même ». Cette remarque, loin d’être un effet rhétorique, traduit un isolement profond. Dans cet autoportrait de 1972, les traits de Bacon se tordent et se dissolvent sous la pression de son pinceau. La chair devient malléable, étalée, reconstituée. La violence est picturale plutôt que littérale, mais elle transmet un malaise existentiel qui saisit le spectateur.

L’histoire de la provenance de ce tableau est elle-même fascinante. L’œuvre a été offerte par Bacon à son médecin, le Dr Paul Brass, qui l’avait soigné après une altercation violente dans le quartier de Soho. Elle a ensuite été exposée dans des institutions prestigieuses à travers le monde, notamment au Grand Palais de Paris et à la Kunsthalle de Düsseldorf.

Oliver Barker, président de Sotheby’s Europe, qualifie 1972 d’« année extraordinaire » pour l’introspection de Bacon. Le marché semble prêt à accueillir cette œuvre avec enthousiasme. Barker note une atmosphère radicalement différente de celle de l’année précédente, avec une profondeur notable parmi les enchérisseurs et un regain de confiance sur le marché.

Blond Girl on a Bed de Lucian Freud (1987) : l’intimité mise à nu

Le deuxième lot majeur de cette vente est Blond Girl on a Bed, un tableau de Lucian Freud peint en 1987, estimé entre 6 et 8 millions de livres sterling. Cette œuvre est un exemple saisissant de la maîtrise de Freud dans l’art du portrait intime.

Si Bacon cultivait le chaos et l’excès, Freud, lui, approchait la peinture avec une discipline quasi monastique. Il travaillait lentement, obsessionnellement, exigeant de ses modèles des séances de pose interminables. Amis, amants, membres de la famille – tous étaient soumis à un examen prolongé sous le regard implacable du peintre. Certains modèles s’endormaient parfois sous le poids de cette observation intense, avant d’être repositionnés et de reprendre la pose.

Blond Girl on a Bed capture cette approche avec une intensité remarquable. Le tableau montre une jeune femme allongée, rendue avec une franchise physique qui est la signature de Freud. Chaque pli de la peau, chaque ombre sur le lit, chaque nuance de la lumière est restituée avec une précision qui confine à l’obsessionnel. Il n’y a aucune idéalisation, aucune complaisance. Freud peint ce qu’il voit, sans filtre ni concession.

La carrière de Freud a connu un tournant majeur grâce à un Américain : le marchand William Acquavella, à qui Freud attribuait la transformation de la trajectoire de sa carrière. Les toiles des années 1980 marquent la période de pleine maturité de l’artiste, où sa technique atteint un niveau de maîtrise qui le place parmi les plus grands portraitistes de l’histoire de l’art.

A Young Painter de Lucian Freud (1957-58) : le regard d’un maître en devenir

Le troisième tableau de la collection Lewis proposé aux enchères est A Young Painter, peint par Lucian Freud entre 1957 et 1958, avec une estimation comprise entre 4 et 6 millions de livres sterling. Cette œuvre appartient à une période antérieure de la carrière de Freud, une époque où l’artiste était en pleine transition stylistique.

Les années 1950 représentent un moment charnière pour Freud. Il abandonne progressivement le style linéaire et détaillé de ses premières œuvres pour adopter une touche plus large, plus charnelle, qui deviendra sa marque de fabrique. A Young Painter se situe précisément à ce point de bascule. Le portrait témoigne déjà de l’intensité psychologique qui caractérisera toute l’œuvre ultérieure de Freud, mais conserve encore une finesse de trait qui renvoie à ses débuts.

Ce qui frappe dans cette toile, c’est le regard du sujet. Freud avait cette capacité unique de capter quelque chose d’indicible dans les yeux de ses modèles, une vérité intérieure qui dépasse la simple ressemblance physique. C’est cette qualité qui fait de ses portraits bien plus que de simples représentations : ce sont des explorations de l’âme humaine.

La présence de deux œuvres de Freud dans cette vente – couvrant une trentaine d’années de carrière – offre aux collectionneurs une opportunité rare de mesurer l’évolution d’un des plus grands peintres du XXe siècle. De la précision quasi chirurgicale des années 1950 à la liberté gestuelle et la puissance charnelle des années 1980, le parcours de Freud est celui d’un artiste en perpétuelle recherche.

Children’s Swimming Pool de Leon Kossoff (1969) : le chef-d’œuvre méconnu

Le quatrième et dernier tableau de cet ensemble exceptionnel est Children’s Swimming Pool, 11 O’Clock Saturday Morning, August 1969 de Leon Kossoff, estimé entre 600 000 et 800 000 livres sterling. Bien que son estimation soit la plus modeste des quatre, cette toile est largement considérée comme le chef-d’œuvre absolu de Kossoff.

Kossoff occupait un registre plus discret que Bacon ou Freud, mais pas moins intense. Ses modèles étaient des amis proches et des membres de sa famille. Il décrivait le dessin comme un processus de découverte – « comprendre à quoi quelque chose ressemble vraiment ». Pendant des années, parfois des décennies, il revenait obsessionnellement aux mêmes lieux de son quartier londonien : les rues commerçantes, les ponts ferroviaires, et surtout, sa piscine locale.

Children’s Swimming Pool est le fruit de cette approche patiente et répétitive. La scène – des enfants s’éclaboussant dans une piscine un samedi matin d’août – pourrait sembler banale. Mais sous le pinceau de Kossoff, chargé d’une pâte épaisse et vibrante, elle se transforme en quelque chose de monumental. L’énergie des corps en mouvement, la lumière qui ricoche sur l’eau, le bruit presque audible des cris d’enfants – tout est capturé avec une vitalité débordante qui transcende le quotidien.

L’exposition au Breuer Building de New York offre aux Américains une première occasion de voir ce qui est unanimement considéré comme la plus grande réalisation de Kossoff. Pour un artiste moins connu du grand public que Bacon ou Freud, cette visibilité internationale représente un moment significatif.

Un marché de l’art en pleine effervescence

La mise en vente de la collection Lewis intervient dans un contexte de marché particulièrement favorable. Oliver Barker souligne que l’atmosphère qui précède les ventes de printemps est « radicalement différente de celle de l’année dernière ». La saison d’automne à New York a été qualifiée d’« extraordinaire » par Sotheby’s, portée par le déménagement de la maison de ventes dans le Breuer Building et la gestion de plusieurs grandes collections patrimoniales.

Barker utilise une métaphore parlante pour décrire la dynamique actuelle : les maisons de ventes sont des « valeurs d’humeur » – elles captent le ton de la saison précédente. Et en ce moment, il perçoit une profondeur réelle parmi les enchérisseurs et un niveau de confiance solide.

Cette analyse n’est pas sans fondement. L’offre d’œuvres exceptionnelles a été relativement limitée ces derniers temps. Quand du matériel de premier plan arrive sur le marché, la réponse est vigoureuse. Les quatre toiles de la collection Lewis correspondent parfaitement à ce que recherchent les collectionneurs actuels : des œuvres fraîches, jamais proposées aux enchères, avec des provenances impeccables et des estimations jugées raisonnables.

Un porte-parole de la collection Lewis a expliqué la décision de vendre dans des termes plus réfléchis, soulignant la place centrale de l’école de Londres dans la collection depuis sa création. Le mouvement, selon cette source, a redéfini la manière dont les artistes abordent la condition humaine et continue de résonner aujourd’hui. Proposer ces œuvres aux enchères – aussi difficile que soit la séparation – vise à mettre en lumière les réalisations du mouvement et à encourager une nouvelle génération de collectionneurs à s’intéresser à ce chapitre fondamental de l’art britannique.

Des personnalités aussi marquantes que leurs peintures

L’un des aspects les plus fascinants de l’école de Londres réside dans les personnalités qui l’animaient. Ces artistes étaient aussi sans compromis dans leur vie que dans leur art.

Francis Bacon était flamboyant et férocement intelligent. Drôle avec une certaine cruauté, obsédé par le jeu et les excès, il cultivait le chaos comme un moyen de contrôle. Son minuscule atelier de South Kensington était un théâtre du hasard où photographies maculées de peinture, magazines déchirés, poussière et débris conspiraient dans l’acte de création. Après sa mort en 1992, une équipe d’archéologues a mené une fouille minutieuse de deux ans de cet atelier pour documenter et cataloguer les conditions dans lesquelles ses œuvres avaient été réalisées. L’atelier a été entièrement reconstruit et est aujourd’hui conservé à la Hugh Lane Gallery de Dublin.

Lucian Freud, en revanche, approchait la peinture avec la rigueur d’un moine. Il travaillait lentement et obsessionnellement, exigeant des séances de pose épuisantes de la part de ses amis, amants et membres de sa famille. Les modèles étaient soumis à un examen prolongé – certains s’endormant sous le poids de son regard, avant d’être repositionnés pour reprendre la séance.

Leon Kossoff occupait un registre plus calme mais tout aussi profond. Ses modèles étaient des proches. Il décrivait le dessin comme un processus de découverte permanente, retournant inlassablement dans les mêmes lieux de son quartier au fil des années, alors que Londres se reconstruisait après la guerre.

Ces trois tempéraments différents – le chaos maîtrisé de Bacon, la discipline obsessionnelle de Freud, la patience contemplative de Kossoff – ont produit des œuvres qui partagent une même qualité : une authenticité brute et une profondeur psychologique qui continue de captiver les spectateurs des décennies plus tard.

L’héritage de Joe Lewis dans le monde de l’art

La vente de ces quatre tableaux marque un tournant pour la collection Lewis. C’est la première fois que des œuvres sont officiellement désignées pour être vendues aux enchères depuis cette collection, et elle constitue un signal fort pour le marché.

Joe Lewis n’est pas un collectionneur ordinaire. Son parcours dans le monde de l’art est jalonné de coups d’éclat. Dans les années 1990, il détenait une participation de 30 % dans Christie’s, alors que la maison de ventes était encore cotée en bourse à Londres. François Pinault, l’actuel propriétaire de Christie’s, avait racheté ces parts à Lewis en 1998 avant de retirer la société de la cote. En 1997, Lewis avait acquis la célèbre collection Ganz à travers une société offshore, avant de la revendre chez Christie’s pour un total de 206 millions de dollars, un record à l’époque pour une vente de collection privée.

Lewis est aussi le propriétaire de la sculpture Charging Bull d’Arturo Di Modica, l’œuvre iconique installée près de Wall Street qui est devenue l’un des symboles les plus photographiés de New York.

L’attachement de Lewis à l’école de Londres remonte aux origines mêmes de sa collection. Avec sa fille Vivienne, il a patiemment constitué un ensemble qui est reconnu comme l’une des plus belles collections privées consacrées à ce mouvement. La décision de se séparer de certaines pièces témoigne à la fois d’un sens aigu du timing – le marché est favorable – et d’une volonté de transmettre cet héritage à de nouveaux collectionneurs.

Les détails pratiques de la vente et des expositions

Pour les amateurs qui souhaitent voir ces œuvres avant la vente, Sotheby’s organise deux temps d’exposition :

  • New York – Breuer Building, 945 Madison Avenue : du 17 au 19 février 2026
  • Londres – 34-35 New Bond Street : du 26 février au 4 mars 2026

La vente aux enchères elle-même aura lieu le 4 mars 2026 à 18h00 GMT dans le cadre de la Modern & Contemporary Evening Auction chez Sotheby’s Londres. Les quatre lots seront présentés avec des estimations sur demande pour l’autoportrait de Bacon, tandis que les estimations publiées donnent les fourchettes suivantes :

  • Francis Bacon, Self-Portrait (1972) : estimation haute de 12 millions de livres
  • Lucian Freud, Blond Girl on a Bed (1987) : estimation entre 6 et 8 millions de livres
  • Lucian Freud, A Young Painter (1957-58) : estimation entre 4 et 6 millions de livres
  • Leon Kossoff, Children’s Swimming Pool (1969) : estimation entre 600 000 et 800 000 livres

Pourquoi cette vente pourrait redéfinir le marché de l’école de Londres

Au-delà des chiffres et des estimations, cette vente pose une question fondamentale pour le marché de l’art : l’école de Londres peut-elle connaître une nouvelle vague d’intérêt ? Tous les signaux semblent pointer dans cette direction.

La peinture figurative vit un moment de renaissance à l’échelle mondiale. Des artistes contemporains comme Jenny Saville, dont les toiles atteignent régulièrement des prix records, revendiquent ouvertement l’influence de Bacon et Freud. Les musées consacrent des rétrospectives majeures à ces artistes – la Royal Academy of Arts de Londres a présenté « Francis Bacon: Man and Beast » en 2022, attirant un public considérable.

La rareté des œuvres disponibles joue un rôle déterminant. Les grandes toiles de Bacon, Freud et Kossoff sont en grande partie détenues par des institutions – la Tate Gallery, le Museum of Modern Art de New York, la Fondation Beyeler – et ne reviendront probablement jamais sur le marché. Quand une œuvre de cette qualité et de cette provenance se présente, les collectionneurs le savent : c’est une opportunité qui ne se représentera peut-être pas.

Pour Sotheby’s, cette vente est aussi un test d’appétit. Pas seulement pour les grands noms, mais pour l’attrait durable de la peinture elle-même – cet art ancestral qui, malgré les révolutions numériques et conceptuelles, continue de captiver par sa capacité à saisir l’essence de l’expérience humaine.

Un rendez-vous avec l’histoire de l’art

La vente des chefs-d’œuvre de la collection Lewis chez Sotheby’s le 4 mars 2026 s’annonce comme l’un des événements majeurs de l’année dans le monde de l’art. Ces quatre tableaux ne sont pas de simples objets de spéculation financière. Ce sont des témoignages vivants d’une époque où un petit groupe d’artistes londoniens a eu le courage de peindre ce qu’ils voyaient – la chair, la vulnérabilité, la beauté brutale de l’existence humaine – alors que le reste du monde artistique regardait ailleurs.

Francis Bacon, penché sur sa propre image torturée quelques mois après la mort de l’homme qu’il aimait. Lucian Freud, scrutant ses modèles avec une intensité qui frise l’invasion. Leon Kossoff, captant l’énergie pure d’enfants dans une piscine un matin d’été. Ces moments, figés sur la toile, sont désormais proposés à ceux qui sauront les apprécier et les préserver pour les générations futures.

Le monde de l’art retient son souffle. Le 4 mars, à 18 heures, New Bond Street sera le théâtre d’un spectacle qui promet d’être à la hauteur des œuvres présentées.

Damien

Je suis Damien Lagrange, auteur pour AuctionLab. Titulaire d'un diplôme en journalisme obtenu à Londres, je nourris une passion pour l'art et les ventes aux enchères depuis plus de dix ans. Intégré à l'équipe éditoriale d'AuctionLab depuis 2017, je prends plaisir à explorer les archives des maisons de vente aux enchères, cherchant à découvrir les histoires cachées derrière les objets proposés.

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