Mise à jour 29 janvier 2025 par Redak
Un trésor oublié dans un appartement parisien
Un matin de septembre, Mathieu Semont, commissaire-priseur à Orléans, ne s’attendait pas à faire une découverte qui allait bouleverser le marché de l’art. Mandaté pour réaliser un inventaire successoral, il se rendait dans un appartement parisien resté inhabité depuis une quinzaine d’années. Un lieu figé dans le temps, où chaque meuble était recouvert de draps, plongeant les pièces dans une atmosphère quasi fantomatique.
Au détour d’un couloir, en soulevant l’un de ces tissus, il découvre un bronze imposant, mesurant plus de 60 cm de haut et 85 cm de long. Sa surprise est totale lorsqu’il aperçoit, gravée sur l’œuvre, la signature de Camille Claudel. Face à lui se trouve “L’Âge mûr”, fonte au sable, une sculpture mythique de l’artiste, fondue en 1907 par Eugène Blot, et dont cet exemplaire porte le numéro 1.
Une œuvre exceptionnelle aux origines fascinantes
Ce bronze appartient à l’un des groupes sculptés les plus emblématiques de Camille Claudel. “L’Âge mûr” illustre avec intensité la douleur d’un amour brisé. L’œuvre met en scène trois personnages : un homme vieillissant, une femme plus jeune qui le supplie, et une seconde femme, plus âgée, qui semble l’attirer loin de la première. Cette sculpture est souvent interprétée comme une représentation de la relation tragique entre Camille Claudel et Auguste Rodin, le maître avec qui elle vécut une histoire d’amour tumultueuse avant d’être abandonnée.
L’artiste considérait cette œuvre comme son plus grand chef-d’œuvre. Pourtant, elle n’a été produite qu’en quelques exemplaires, et seuls trois étaient jusqu’ici connus, conservés dans des musées prestigieux : le musée d’Orsay, le musée Rodin et le musée Camille Claudel.
Ce bronze, oublié dans un salon parisien pendant des décennies, est donc une véritable redécouverte historique.
Un choc émotionnel pour le commissaire-priseur
En tant qu’expert du marché de l’art, Mathieu Semont a d’abord cru à une erreur ou une copie. Mais les indices ne laissaient aucun doute : signature authentique, mention du numéro 1 et qualité du bronze. L’émotion est alors immense. “Je me suis mis à pleurer”, confie-t-il, submergé par la découverte.
Ce moment est d’autant plus fort qu’il a un lien personnel avec l’œuvre. Plus jeune, il avait déjà eu l’occasion d’expertiser et vendre “L’Implorante”, une sculpture représentant uniquement la femme agenouillée de “L’Âge mûr”. Ce souvenir resurgit brutalement lorsqu’il réalise qu’il tient entre ses mains la composition complète, un trésor d’une valeur inestimable.
Une œuvre aux enchères pour la première fois
Lorsqu’il apprend à la famille du défunt propriétaire la présence de ce Camille Claudel dans leur héritage, la surprise est totale. “Ils savaient que c’était un Claudel, mais pas qu’il était si rare et précieux”, explique Mathieu Semont.
Initialement estimé à 800 000 à 900 000 euros, le bronze a rapidement vu sa cote grimper. Aujourd’hui, il est évalué à 1,5 million d’euros, un prix justifié par plusieurs facteurs :
- Son unicité : c’est le premier exemplaire connu de cette édition.
- Son importance historique : il s’agit d’une œuvre majeure de Camille Claudel, retraçant une période clé de sa carrière et de sa vie personnelle.
- Sa rareté sur le marché : tous les autres exemplaires sont détenus par des musées, ce qui en fait une opportunité unique pour les collectionneurs privés et les institutions.
Le 16 février prochain, cette pièce exceptionnelle sera mise aux enchères sur la plateforme InterEnchères, dans ce qui pourrait bien devenir une vente historique.
Un avenir incertain pour ce chef-d’œuvre
Si cette vente promet d’attirer des collectionneurs du monde entier, elle suscite aussi une certaine nostalgie chez Mathieu Semont. Après avoir découvert et expertisé cette sculpture, il doit désormais s’en séparer. “Elle me parle beaucoup”, confie-t-il, conscient que son destin appartient désormais à un futur acquéreur.
L’issue de la vente reste incertaine. Si l’œuvre trouve preneur, elle pourrait rejoindre une collection privée, un grand musée ou un mécène passionné. “Jusqu’au moment où je dirai ‘adjugé’, je ne saurai pas quel sera son futur”, explique-t-il avec émotion.

Camille Claudel, L’Âge mûr (détail), modèle créé en 1898, bronze à patine brune richement nuancée, fonte au sable d’Eugène Blot datant de 1907 numéro 1, 61,5 x 85 cm x 37,5 cm, en vente chez Philocale à Orléans le 16 février 2025. ©Luc Paris
Un événement à suivre de près
Cette vente aux enchères est une première mondiale pour une œuvre aussi importante de Camille Claudel. Il est rare qu’une sculpture d’un tel calibre soit disponible sur le marché international.
L’attention des grands musées, des fondations et des collectionneurs privés sera donc tournée vers cette enchère exceptionnelle. Le montant final atteindra-t-il des sommets ? Un record de vente pourrait bien être battu.
Les amateurs d’art pourront suivre cette vente historique en direct sur InterEnchères, et voir où ce trésor oublié trouvera sa nouvelle demeure.

