Mise à jour 15 juin 2023 par Redak
Le gouvernement français suggère qu’il est ‘probable’ de recouvrer le célèbre manifeste de Charlotte Corday, un document historique de grande valeur qui explique son assassinat du révolutionnaire Jean-Paul Marat en 1793. Le manifeste, vendu récemment lors d’une vente aux enchères, pourrait bientôt retourner dans les mains de l’État, selon une déclaration faite par le Ministère de la Culture à l’AFP ce mercredi.
Intitulé “Adresse aux français amis des loix et de la paix”, ce document de trois pages avait été attribué lors d’une vente aux enchères à Versailles à la Direction du Patrimoine et de la Culture de la Région Normandie. Elle a réussi à acquérir ce bien pour un total de 270 900 euros, en collaboration avec le Conseil Départemental du Calvados et la Ville de Caen.
L’ambition principale de cette acquisition était de rapatrier ce document historique dans la ville d’origine de son auteur, la Normande Charlotte Corday. Cependant, l’État français a une vision différente pour le destin de ce document et entend faire valoir que le manifeste lui a été “soustrait frauduleusement”.
En effet, le ministère de la Culture a précisé qu’il avait notifié dès le samedi précédant l’enchère son intention d’intégrer le document dans les Archives nationales. Un courrier officiel destiné au commissaire-priseur est attendu “dans les jours qui viennent”, marquant le début formel de la procédure de “revendication”.
Si l’État parvient à récupérer le manifeste, le ministère a précisé que les Archives nationales envisageraient une demande de prêt ou de dépôt de ce document dans le cadre d’un projet culturel en Normandie. L’objectif serait de le rendre accessible au grand public, tout en respectant le désir de la Région Normandie de le voir revenir dans la ville d’origine de Charlotte Corday.
La maison d’enchères Osenat, contactée par l’AFP, a affirmé que le document reste en sécurité dans ses coffres depuis dimanche, en attente des demandes officielles du ministère. Le ministère s’appuie sur l’article L212-1 du Code du patrimoine, qui stipule que “les archives publiques sont imprescriptibles” et que l’État peut engager des “actions en nullité ou en revendication” pour les récupérer quand un tiers les détient “sans droit ni titre”.
Charlotte Corday, une jeune femme de 24 ans, avait été arrêtée à Paris chez Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793, après l’avoir tué avec une arme blanche. Le manifeste avait alors été saisi sur elle. Dans ce document, elle dénonce la dérive des idéaux révolutionnaires auxquels elle avait adhéré et la brutalité du pouvoir, incarné notamment par Marat qu’elle qualifiait de “plus vil des scélérats”.
Cependant, lors du procès de Charlotte Corday trois jours plus tard, l'”Adresse aux Français” a été rapidement annoncée comme absente du dossier. L’identité de celui ou celle qui l’a prise reste un mystère.
Le document ne réapparaît qu’en 1834 lors d’une vente aux enchères, et depuis, il est passé entre les mains de différents collectionneurs privés.
Le destin du manifeste de Charlotte Corday est encore incertain. Bien que la Direction du Patrimoine et de la Culture de la Région Normandie l’ait acheté aux enchères avec l’intention de le faire retourner à Caen, la terre natale de Corday, l’État français a fait part de son intention de revendiquer le document. Si l’État réussit à obtenir le manifeste, il sera intéressant de voir comment ce précieux morceau d’histoire sera géré et comment il sera rendu accessible au public.
