La lampe Nénuphar de Majorelle et Daum : une pièce maîtresse de l’Art nouveau mise à l’honneur chez Tajan

Mise à jour 5 janvier 2026 par Redak

Le 25 mars 2026, la maison de ventes Tajan proposera à Paris une pièce exceptionnelle lors de sa vente dédiée aux arts décoratifs et au design du XXᵉ siècle : une rare lampe Nénuphar, née de la collaboration entre Louis Majorelle et la Maison Daum, deux figures emblématiques de l’École de Nancy. Véritable manifeste de l’Art nouveau, ce luminaire allie innovation technique, inspiration végétale et raffinement artistique.

Une rencontre au sommet de l’art décoratif français

L’histoire de cette lampe commence à la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte de foisonnement créatif à Nancy. C’est en 1898 que les ateliers Majorelle et Daum initient une collaboration appelée à marquer durablement l’histoire des arts décoratifs français. L’un, maître ébéniste inspiré par les formes organiques, l’autre, virtuose du verre multicouche gravé, ont su conjuguer leurs savoir-faire dans des créations empreintes de poésie et de naturalisme.

Majorelle et Daum : un dialogue entre lumière et matière

La lampe Nénuphar incarne parfaitement cette alchimie artistique. Conçue au tout début du XXᵉ siècle, elle est le fruit d’un travail à quatre mains : Louis Majorelle dessine la structure en bronze, tandis que les frères Daum réalisent l’abat-jour en verre soufflé. Ensemble, ils donnent naissance à un objet lumineux qui dépasse sa fonction utilitaire pour s’élever au rang d’œuvre d’art totale.

L’esthétique de la lampe évoque le végétal dans sa forme la plus stylisée. La tige élancée s’élève depuis une base en bronze où reposent trois grenouilles, figures emblématiques du monde aquatique, pour porter une fleur de verre lumineuse. Cette corolle, soufflée et modelée à chaud, affiche des nuances délicates de rose pâle et de jaune, diffusant une lumière douce et envoûtante.

Présentée dès 1902 au Salon des artistes français

Dès sa première présentation au public en 1902, au Salon des artistes français, la lampe Nénuphar suscite l’admiration. Elle sera exposée l’année suivante à l’Exposition de l’École de Nancy, au pavillon de Marsan. Les critiques saluent alors la perfection de ses lignes, la subtilité de ses courbes et la poésie de la lumière qu’elle diffuse. Cette reconnaissance immédiate témoigne de la portée artistique et symbolique de l’objet, devenu au fil du temps l’une des créations les plus emblématiques du mouvement Art nouveau.

L’Art nouveau : un art total au service de la nature

La lampe Nénuphar incarne une vision de l’Art nouveau dans sa quintessence. Plus qu’un style, ce courant artistique vise à intégrer l’art dans tous les aspects du quotidien. Inspiré par les formes naturelles, il se caractérise par des lignes sinueuses, des motifs végétaux et une recherche constante de l’harmonie entre fonctionnalité et esthétique.

Chez Majorelle comme chez Daum, cette démarche se traduit par un engagement total dans la conception des objets. Chaque élément de la lampe, du socle en bronze aux nervures du verre, participe à une narration visuelle et tactile. L’objet n’est plus simplement un luminaire, mais un pont entre la nature et l’homme, entre la beauté et l’usage.

Une pièce conservée dans les plus grands musées

Le modèle présenté par Tajan le 25 mars 2026 se distingue par son état de conservation exceptionnel et la finesse de son exécution. Des variantes de cette lampe sont aujourd’hui conservées dans des institutions prestigieuses, comme le Musée d’Orsay à Paris ou le Museum of Modern Art à New York. Cette présence dans les collections muséales internationales atteste de l’importance historique et artistique du modèle.

La mise en vente de ce chef-d’œuvre à Paris constitue donc un événement majeur pour les amateurs d’arts décoratifs du XXᵉ siècle, les collectionneurs et les historiens d’art. C’est aussi l’occasion de rappeler la portée universelle du dialogue entre les arts, tel qu’il a été initié à Nancy par l’École éponyme.

Tajan : une maison de ventes au service du patrimoine

En organisant cette vente, la maison Tajan confirme sa position de référence sur le marché de l’art décoratif du XXᵉ siècle. Reconnue pour son expertise et la qualité de ses sélections, elle s’inscrit dans une démarche de valorisation du patrimoine artistique français.

La maison vit également un nouveau chapitre avec un changement de direction récemment annoncé. Rodica Seward a transmis les rênes à Édouard Challemel du Rozier. Pour en savoir plus sur cette transition stratégique, vous pouvez consulter l’article complet ici : Tajan change de mains : Rodica Seward passe le relais à Édouard Challemel du Rozier.

La vente du 25 mars 2026 se tiendra au 37, rue des Mathurins, au cœur du 8ᵉ arrondissement de Paris, dans un espace où la mise en scène des objets reflète leur importance culturelle. La lampe Nénuphar y occupera sans aucun doute une place centrale, tant par sa rareté que par l’émotion qu’elle suscite.

Une œuvre entre tradition artisanale et modernité

Ce luminaire incarne la transition entre deux mondes : celui de l’artisanat d’excellence du XIXᵉ siècle et celui de la modernité naissante du XXᵉ. Par sa forme, elle s’inscrit dans la tradition ornementale ; par sa conception, elle anticipe les préoccupations du design moderne, soucieux de l’unité entre fonction et forme.

Louis Majorelle et les frères Daum, en conjuguant leurs talents, ont démontré que l’objet le plus simple – ici, une lampe – peut devenir un support d’expression artistique, un manifeste silencieux d’un art de vivre fondé sur la beauté et la sensibilité.

Une lampe qui transcende le temps

Plus d’un siècle après sa création, la lampe Nénuphar continue de fasciner. Sa valeur historique, sa charge symboliqueet sa beauté intemporelle en font une pièce convoitée, au carrefour de l’histoire de l’art, du design et de la décoration. Elle rappelle avec force que l’art peut émerger du quotidien, dès lors qu’il est porté par une vision, un savoir-faire et une ambition esthétique.

Dans un monde contemporain en quête de sens et de beauté, cette œuvre résonne comme une invitation à redécouvrir la valeur du geste artisanal, l’exigence de qualité et la puissance d’évocation des formes inspirées par la nature.

Marie

Je suis Marie Dupras, reconnue pour être l'élément le plus énergique de notre équipe. Passionnée par l'acquisition de nouvelles connaissances, je consacre mes week-ends à explorer les musées et à participer fréquemment à des ventes aux enchères. Mon petit défaut ? Je ne résiste pas à l'envie d'acheter, mais cela s'accompagne d'un talent pour la recherche approfondie et la narration captivante d'histoires enrichies de conseils d'experte.

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