Une Restitution Historique et Symbolique
Deux natures mortes du 17e siècle, spoliées par les nazis durant l’Occupation et exposées au musée du Louvre depuis les années 1950, ont été restituées aux 48 ayants droit d’une famille juive. Ces derniers ont décidé de faire don de ces œuvres au célèbre musée parisien. Les tableaux, “Nature morte au jambon” de Floris van Schooten et “Mets, fruits et verre sur une table” de Peter Binoit, peints probablement en 1630 et 1620, seront à nouveau visibles par le public dès mercredi.
Une Cérémonie Chargée d’Émotions
Une grande partie des descendants de la famille, ainsi que leurs enfants et petits-enfants, se sont réunis mardi autour des deux tableaux. Marion, l’une des ayants droit, a exprimé auprès de l’AFP l’importance de cet acte pour préserver la mémoire de sa famille, spoliée et persécutée pendant la Seconde Guerre mondiale. “C’est un devoir de mémoire envers ma famille, dont l’histoire parle aux générations actuelles”, a-t-elle souligné.
Marion a été le principal point de contact dans les démarches ayant permis cette restitution après un long travail de recherches et une énergie considérable. Elle considère cette exposition comme un témoignage de la diversité des destins au sein de sa famille, certains ayant été déportés, d’autres ayant résisté et survécu en se cachant.
L’Engagement du Louvre
Laurence Des Cars, présidente-directrice du Louvre, a qualifié cette restitution d’“appel à ne jamais oublier, un engagement à transmettre la mémoire et un constant rappel à l’action”. Cette déclaration souligne l’importance de la mémoire collective et de la reconnaissance des injustices passées.
Les Œuvres MNR et le Rôle des Généalogistes
Les deux tableaux, dont la provenance était longtemps ignorée, étaient classés comme œuvres “Musées nationaux récupération” (MNR), un statut donné aux œuvres spoliées non restituées après la guerre. Les ayants droit de la famille Javal, dont cinq membres ont été déportés et assassinés à Auschwitz, ont pu être identifiés grâce aux efforts conjoints de chercheurs du ministère de la Culture français, des Archives nationales et de la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), avec l’aide de généalogistes.
Les recherches ont révélé que les deux tableaux, considérés par les nazis comme appartenant à la collection Juralides, étaient en réalité la propriété de Mathilde Javal. Son hôtel particulier à Paris avait été occupé et vidé en 1944. Une lettre de Mathilde Javal, écrite en 1945 pour demander la restitution des œuvres d’art de sa famille, a été déterminante pour retracer l’histoire des tableaux et sera présentée dans l’exposition.
Une Collaboration pour la Mémoire
En 2015, une convention avec le ministère de la Culture a permis à Généalogistes de France de réaliser gratuitement des recherches pour identifier les ayants droit vivants de six propriétaires d’œuvres “MNR”, dont les Javal.
Entre 1940 et 1945, environ 100.000 biens culturels ont été spoliés en France, principalement à des familles juives, par le régime nazi et le Gouvernement de Vichy. À la fin de la guerre, environ 60.000 œuvres ont été renvoyées en France, dont 45.000 ont été restituées à leurs propriétaires. Parmi les 15.000 restantes, environ 13.000 ont été vendues par l’État et 2.200 confiées aux musées nationaux. Ces œuvres, dont le Louvre a la responsabilité pour 1.610, sont désignées sous le statut “MNR” et n’appartiennent pas aux collections nationales.
