Mise à jour 11 octobre 2022 par Redak
De la préhistoire à l’intelligence artificielle Le Louvre change l’art de présenter les “natures mortes”, en engageant un dialogue permanent entre le présent et le passé.
– Vanité, hybrides, IA –
Première salle, première surprise: des œuvres préhistoriques et de l’Egypte ancienne voisinent avec la “Madeleine à la Veilleuse” (1642-1644) de Georges De la Tour face à l’héroïne de la dernière scène du film “Stalker” d’Andreï Tarkovski (1979), qui fait se déplacer les objets posés sur la table par la pensée.
Ce face-à-face “fondateur est un peu le mantra de l’exposition. J’ai fait l’hypothèse que si ça marchait, alors tout marcherait”, confie la commissaire, Laurence Bertrand Dorléac, historienne de l’art.
“J’ai essayé de repousser les frontières chronologiques et géographiques, en me demandant quand le dessin des choses est apparu. C’est une exposition sensible avant d’être historique. Les artistes dialoguent entre eux à travers le temps et l’espace sans frontières”, ajoute-t-elle.
Ce dialogue nourrit la curiosité. Fidèle à la chronologie historique, il est ponctué de cartels destinés au jeune public.
Une toile du Roumain Daniel Spoerri, présentant les restes d’un repas en 3D, résonne avec une séquence cinématographique de 1920 où Buster Keaton fait la vaisselle au jet d’eau sur un mur.
Marché au poisson, étal de boucher, représentation de l’argent par les maîtres hollandais répondent à des oeuvres du XIXe siècle ou contemporaines, telle une nature morte aux fruits de Matisse dialoguant avec celle de son modèle, Jan Davidsz de Heem.
– Souffrance animale –
Après une “éclipse” des choses pendant presque 1.000 ans par le christianisme, illustrée par des tableaux dans lesquels elles sont reléguées derrière des personnages religieux, le XVIe siècle et le développement du marché les remettent sur le devant de la scène, explique la commissaire.
Coquillages, aliments, verre, métal, bois… Le XVIIIe siècle impose le genre avec Jean Siméon Chardin ou les pastèques de Luis Edigio Melendez, affiche de l’exposition.
Ces oeuvres cohabitent avec des insectes hybrides imaginaires et un herbier de Miguel Chevalier, réalisé cette année à partir de l’intelligence artificielle: un cahier numérique fait apparaître des “fleurs fractales” animées lorsque le visiteur tourne les pages.
Dans une section intitulée “Vanité”, les artistes s’interrogent sur la fragilité du vivant mais aussi sur le marché de l’art, à l’instar du Camerounais Barthélémy Toguo qui s’attaque aussi au thème des réfugiés avec un gigantesque empilement de ballots recouverts de tissu, exposé sous la pyramide du Louvre.
L’exposition met également en lumière la souffrance animale, avec des oeuvres de Zurbaran, Goya ou Courbet, “qui montrent déjà une grande compassion pour le sort des bêtes, dans lesquelles ils voient une humanité”, selon la commissaire.
Une tête de vache découpée, photographiée par Andres Serrano en 1984, est, ajoute-t-elle, “la première bête de toute l’histoire de l’art qui nous accuse, après la vache folle, les élevages intensifs, les abattoirs industriels… On ne comprend pas Serrano si on n’a pas vu le reste avant”.
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ls/mch/tes
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