Mise à jour 18 mai 2023 par Redak
Dans un jugement historique, la Cour suprême des États-Unis a statué jeudi que la photographe Lynn Goldsmith aurait dû recevoir des droits d’auteur pour une photo de Prince utilisée par l’artiste Andy Warhol. Cette décision, attendue par la communauté artistique mondiale, marque un tournant décisif dans la protection des droits d’auteur.
La Cour, par une majorité de sept juges sur neuf, a estimé que Lynn Goldsmith aurait dû être rémunérée car le portrait inspiré de son travail a eu un usage “commercial” : il a été utilisé en couverture d’un magazine.
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“Le travail original de Goldsmith, comme celui d’autres photographes, mérite d’être protégé par le droit d’auteur, même contre des artistes connus”, a déclaré la juge Sonia Sotomayor au nom de la majorité.
Selon la Cour, ces protections couvrent également les œuvres dérivées qui transforment les œuvres originales, à moins que la première soit suffisamment différente de la seconde. En l’occurrence, dans le portrait de Prince en question, “Goldsmith et la Fondation Warhol ont fait le même usage commercial de son image”, a tranché la juge.
Le dossier, qui remonte à 1981, a débuté lorsque Lynn Goldsmith, photographe renommée pour ses portraits de stars du rock, a été chargée par Newsweek de photographier un musicien alors émergent, Prince. Elle a réalisé plusieurs clichés en noir et blanc du jeune artiste aux traits fins.
En 1984, l’album “Purple Rain” a catapulté Prince au rang de superstar. Vanity Fair, souhaitant lui consacrer un article, a demandé à Andy Warhol de réaliser son portrait dans le style de ses célèbres gravures colorées de Marilyn Monroe ou Mao.
Pour 400 dollars, Lynn Goldsmith a autorisé le magazine à utiliser l’une de ses photos pour l’usage exclusif de cet article. Intitulé “Purple Fame”, l’article était accompagné du visage de Prince, la peau violette et les cheveux de jais, sur un fond orange vif.
L’affaire aurait pu en rester là si Andy Warhol n’avait pas utilisé cette photo pour créer une série de 16 portraits du musicien, qu’il admirait pour son talent et son style androgyne. Lynn Goldsmith a découvert leur existence en 2016, à la mort de Prince, lorsque Vanity Fair a publié en Une une image du “Kid de Minneapolis” tirée de sa photo mais tout orange cette fois.
Elle a alors contacté la Fondation Andy Warhol, qui gère la collection de l’artiste depuis sa mort en 1987, pour réclamer des droits. Face au refus de la Fondation, une intense bataille judiciaire s’est ensuivie, qui vient donc de connaître son dénouement.
Cette décision de la Cour suprême des États-Unis représente une victoire majeure pour les droits d’auteur, soulignant l’importance de la protection des œuvres originales, même lorsqu’elles sont utilisées par des artistes de renom. Elle met en lumière le besoin constant de respecter les droits d’auteur et de rémunérer correctement les artistes pour leur travail original, même lorsqu’il est transformé ou réinterprété.
