Mise à jour 4 juillet 2023 par Redak
Au plus fort de l’été, dans un monde confronté à des défis environnementaux sans précédent et des conflits ardents, les Rencontres de la photographie d’Arles se dévoilent comme un havre de fraîcheur et de créativité depuis lundi. Elles offrent une perspective éclectique allant de la solidarité artistique des photographes scandinaves aux nuances chromatiques du photographe américain Saul Leiter.
Nichée à la frontière entre la Provence et le delta de la Camargue, la ville d’Arles voit le thermomètre monter bien au-delà des 30 degrés en ce début de juillet. Néanmoins, les Rencontres, l’un des principaux festivals de photographie mondiaux, invitent les visiteurs à descendre sous terre, dans la fraîcheur d’environ -20 degrés des cryptoportiques [1].
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Ces magasins souterrains, jadis utilisés par les marchands pour conserver leurs stocks durant l’époque romaine, accueillent une série d’images capturées dans la grotte préhistorique d’Arcy-sur-Cure (Yonne) par la photographe française Juliette Agnel. Plongée dans l’obscurité, Juliette a illuminé certaines parties de la grotte. Ses photographies mystérieuses invoquent des créatures imaginaires, mais elles évoquent surtout les jeux de clair-obscur des peintures de Rembrandt (1606-1669) et Goya (1746-1828).
Juliette Agnel s’aventure dans des paysages extrêmes, dont la beauté troublante évoque à la fois la fascination et le sentiment de sublime, comme l’indique la commissaire Marta Ponsa. L’humidité des lieux, palpable par le bruit de l’eau qui goutte occasionnellement, résonne avec l’atmosphère humide de la grotte.
Les photographies ont été minutieusement protégées par un film extrêmement fin pour les préserver de l’humidité, précise Christoph Wiesner, directeur des Rencontres. Il se réjouit de ce que le festival continue à “défricher” de nouveaux espaces, comme il l’a fait par le passé avec les anciens ateliers SNCF transformés en halls d’exposition.
Lorsque le visiteur remonte à la surface et retrouve la chaleur du soleil, il peut pénétrer dans le cloître Saint-Trophime et découvrir un autre territoire marqué par l’eau : la Camargue. Ici, pas de clichés de chevaux ou de taureaux, mais une nouvelle vision portée par la Française Eva Nielsen, qui a arpenté cette terre entre fleuve et mer pour “Insolare”.
Nielsen combine photographie, sérigraphie et peinture dans un travail réalisé avec Marianne Derrien. Dans des compositions oniriques, l’artiste capture les roseaux et les marais, l’action du sel sur la terre, mais aussi les maisons d’ouvriers ou les grilles des grands domaines agricoles dans cette Camargue à la fois sauvage et modelée par l’homme.
Comme le souligne Christoph Wiesner, cette exposition s’inscrit dans une réflexion plus large menée avec des photographes, des scientifiques, des architectes autour du territoire où nous sommes, Arles, la Camargue, qui est particulièrement exposé au réchauffement climatique.
Comme le veut la tradition de ces Rencontres, fondées il y a plus de 50 ans, certaines des 45 expositions ouvertes jusqu’au 24 septembre permettent également de découvrir la création contemporaine d’autres pays. Cette année, le festival du Sud porte son regard vers le Nord, invitant à un rafraîchissement scandinave [2].
Dans les pays scandinaves, où l’Etat a toujours favorisé des services publics forts en soutenant la cause féministe, les 18 photographes femmes de l’exposition Sosterskap (Sororité) offrent des visions de pères en congé parental prenant soin de leurs enfants, des femmes arrêtées mais regardant vers l’avenir, ou encore des femmes issues de l’immigration.
Des couleurs, de la poésie et une douceur intemporelle traversent également les photographies de Saul Leiter (1923-2013), le “photographe-flâneur” américain, connu pour ses instants de vie new-yorkaise et son travail dans la mode. Mais les Rencontres présentent aussi ses peintures, réalisées à la gouache et à l’aquarelle sur du papier japonais, pour beaucoup inédites.
Malgré la gravité du monde, comme l’indique Saul Leiter dans une interview filmée, “je crois qu’il y a une chose importante comme la quête de la beauté, et vous n’avez pas à vous excuser de la chercher”.
Les Rencontres de la photographie d’Arles se sont une fois de plus affirmées comme un événement incontournable du paysage artistique et culturel international. Mêlant création contemporaine, réflexions environnementales et engagements sociétaux, le festival offre un espace privilégié pour la découverte et l’échange, où les artistes du monde entier viennent partager leur vision de notre monde complexe et en constante évolution.
