Une collection d’Art Premier : la succession Meunier aux enchères

Une vente aux enchères mythiquement attendue

C’est sur deux jours, le 15 et 16 décembre, que se déroulera la vente très attendue de la collection de Madeleine Meunier à l’Hôtel Drouot, une vente organisée par l’étude Millon, en collaboration avec Christie’s. Madeleine Meunier étant décédée en 2009, la vente de sa collection était attendue comme un événement. Les hypothèses sur le contenu de sa succession ont pris des proportions mythiques au cours des dernières années. En effet, Madame Meunier fut mariée à deux grandes personnalités de l’art africain et océanien : Aristide Courtois et Charles Ratton. Chacun ayant joué un rôle majeur dans la découverte des Arts Premiers, Courtois en Afrique et Ratton à Paris.

Charles Ratton, un des plus importants clients d’Aristide Courtois

Quelques années plus tard Madeleine Courtois se sépare d’Aristide Courtois et épouse Charles Ratton. Il avait été un client important de son premier mari. Les carnets d’achats de Ratton de 1938 à 1943 mentionnent environ deux cents transactions avec Courtois, dont le célèbre masque Kwélé à six yeux dit « Masque Lapicque » aujourd’hui conservé dans les collections du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Charles Ratton (1897-1986) a marqué l’histoire de l’art africain par ses talents d’expert, de collectionneur et de marchand. Il a joué un rôle fondamental dans l’avènement des objets d’Art Premier au rang d’œuvres d’art. Sa sensibilité et son érudition, forgées grâce à son activité de marchand d’objets « Haute époque » (Moyen Âge et Renaissance), ont conduit Charles Ratton à s’intéresser aux arts d’Afrique, puis aux objets anciens d’Océanie et d’Amérique.

Deux chefs-d’oeuvres artistiques de la vente ont un pédigrée cinématographique

Ratton fut également le conseiller artistique du célèbre film « Les Statues Meurent Aussi », réalisé par Chris Marker et Alain Resnais en 1953. Deux pièces présentes dans la vente (lot 37 et lot 40) figurent dans ce film. La localisation de ces deux chefs-d’œuvre est restée un secret durant ces cinquante dernières années, ce qui n’a fait qu’augmenter la mystification autour de ces pièces.

On trouvera donc dans cette vacation de prestige une très belle statue Fang en bois et cuivre soclé par Inagaki (Lot 37 – estimation : 300 000 / 500 000 €).  Un exceptionnel appui-tête Luba Shankadi en bois, visible dans le film pour lequel Ratton a contribué, sera aussi présenté aux enchères (Lot 40 – estimation : 500 000 / 800 000 €). Ce chef-d’œuvre peut être attribué au plus célèbre sculpteur africain de l’époque précoloniale : « le maître de la coiffure en cascade », actif à la fin du 19ème siècle en République Démocratique du Congo. D’autres appui-têtes de cet artiste se trouvent dans de grands musées comme le Metropolitan Museum of Art (#1981.399), le British Museum (#AF46.481) et le Musée ethnologique de Berlin (III.C.19987).

Une figure de reliquaire à face concave mise en vente compte parmi les plus rares

Certaines pièces de grande qualité proviennent également de l’ancienne collection, cette fois, d’Aristide Courtois.

On retrouvera ainsi cette élégante et exceptionnelle figure de reliquaire Kota (lot 35). Estimé entre 40 000 et 60 000 €, le visage du reliquaire est orné au registre supérieur de lamelles horizontales, le bas est plaqué d’une feuille de laiton ornée d’une esquisse de bouche en pointillés. Au revers est sculpté en relief un motif losangé et quadrillé. La patine du métal montre que les plaques et les lamelles sont comme soudées entre elles par le temps et l’usage.

Les collectionneurs et amateurs de l’art africain et océanien auront donc bientôt la possibilité d’acquérir ces trésors conservés par Madeleine Meunier pendant près d’un demi-siècle. Cette collection est le témoignage d’une époque révolue, illustrant le goût raffiné de deux personnages historiques du monde des Arts Premiers.

Jeudi 15 décembre à 18h30 et vendredi 16 décembre à 14 h à l’Hôtel Drouot :

http://www.millon.com/html/index.jsp?aff=5&ordre=1&npp=20&id=79708&lng=fr&np=1