Catherine Ringer (Les Rita Mitsouko), au nom du père, le peintre Sam Ringer aux Enchères

Mise à jour 26 janvier 2023 par Redak

“Il m’a transmis sa force de vie”: Catherine Ringer met aux enchères une centaine d’œuvres de son père, le peintre Sam Ringer, méconnu, rescapé de neuf camps de concentration, qui “a encensé les couleurs” dans ses tableaux.

“Mon père aimait Jérôme Bosch, Max Ernst, mais c’était aussi un grand admirateur de Léonard de Vinci pour la fabrication de plein de choses en dehors de la peinture”, confie la chanteuse rencontrée par l’AFP dans les murs de Bonhams Cornette de Saint Cyr, à Paris, lieu de cette vente aux enchères le 29 mars.L’histoire de ce père touche à tout, également sculpteur, graveur, entre autres talents, disparu en 1986, est connue des fans des Rita Mitsouko. Tout est dans la chanson “C’était un homme”. “J’étais à la recherche de son souvenir à ce moment-là”, confie l’artiste.

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“Il est né en 1918 en Pologne, il passe sa jeunesse à Oswiecim (une ville près du camp d’Auschwitz), il était d’origine juive, pas spécialement religieux, né de père inconnu, il vivait avec sa grand-mère, sa mère était partie travailler”. “Dans une époque très antisémite, il a été accepté aux Beaux Arts de Cracovie, il a eu un premier prix de dessin”, poursuit-elle. Avant de souffler, émue, “puis il a été victime des nazis”.

Sam Ringer passe par neuf camps de concentration entre 1940 et 1945 avant d’être libéré par les Russes. Après sa convalescence – “il a soigné dysenterie, maladies des poumons…” – il part en 1947 pour Paris, “le rêve des artistes”.

 

– “Rêve de Paris” –

 

Il y rencontre aux Beaux-Arts celle qui devient la mère de Catherine Ringer. “C’était un réfugié, qui n’avait pas d’argent, il peignait parfois au début sur de la toile à matelas récupérée. Ma mère qui travaillait dans un atelier d’architecte lui a payé ensuite de la toile de bonne qualité, ce qui le vexait beaucoup”, sourit la chanteuse.

“C’est quelqu’un qui a eu cette histoire dramatique mais ce n’est pas ce qu’on voit dans sa peinture, au contraire, il a encensé la vie, les couleurs, et m’a transmis sa force de vie”.

Et de décrire le tableau derrière elle où Sam Ringer, qui a des faux airs de David Crosby, “se représente vers la fin de sa vie dans son atelier, dans son rêve de Paris, Montmartre, en train de chercher le feu sacré, la lumière”.

Sam Ringer a travaillé sur tous formats, miniatures ou grandes dimensions, voguant de l’abstrait – que sa fille ne trouve “pas si abstrait” – au figuratif fantasmagorique.

Dans le tableau “Réminiscences”, Catherine Ringer est représentée bébé. Sam Ringer, lui, a fait plusieurs incursions dans l’univers des Rita Mitsouko. “J’ai toujours aimé énormément ce que faisait mon père, depuis que j’ai 15 ans, dès que je le pouvais, je montrais autour de moi ce qu’il faisait”.

 

– Lanterne magique et punks –

 

Pour le clip d’un tube des Rita, “Marcia Baïla”, la chanteuse lui “commande des fantômes”. Il fabrique des personnages sortis des limbes, à taille humaine, sur du contreplaqué découpé. Un seul apparaît brièvement dans la vidéo (à partir de 1 min. 07). Pour “le décorateur et le directeur du clip”, frileux, ces créatures n’entrent pas “dans l’ambiance du clip”, se souvient Catherine Ringer.

Pour un des premiers concerts des Rita Mitsouko dans la salle parisienne du Gibus, Sam Ringer projette sur les murs ses dessins et peintures à l’aide “d’une lanterne magique” confectionnée par ses soins. “C’était le choc des cultures, il y avait des amis à lui en imper chic et les punks à crête du Gibus qui sautaient partout”, rembobine la sexagénaire.

“J’arrive à un moment de ma vie où il faut que j’agisse, que je sorte des placards ces toiles, là avec cette vente, c’est la bonne occasion de faire beaucoup pour l’œuvre de mon père”, conclut-elle.

 

Rita Mitsouko, le duo rock français formé de Catherine Ringer et Fred Chichin, balance entre influences kitsch et modernes. Ils sont connus pour leur approche expérimentale et humoristique de la musique, fusionnant des éléments de différents genres pour créer quelque chose de complètement unique. Leur titre emblématique “Marcia Baïla” est devenu leur hymne, consolidant leur statut de couple emblématique de la scène musicale française des années 80 et 90.Catherine Ringer est née le 18 décembre 1957 à Suresnes, en France. Élevée dans une famille de musiciens, avec un père peintre et une mère architecte, Catherine apprend à jouer de plusieurs instruments dès son plus jeune âge. Elle quitte l’école à l’âge de 15 ans et poursuit sa carrière musicale, jouant dans des comédies musicales et participant à divers projets artistiques – notamment en jouant dans des films tels que “Les Amoureux de Montparnasse” et “Passage à l’Acte” – avant de former Rita Mitsouko avec Fred Chichin en 1978.

Fred Chichin est né le 8 novembre 1955 à Paris. Il commence à apprendre la guitare à l’âge de 9 ans après en avoir reçu une pour son anniversaire. Après avoir rencontré Catherine Ringer alors qu’ils travaillaient sur divers projets dans le milieu de la nuit parisienne, ils ont formé Rita Mitsouko, qui allait devenir leur principal moyen de création pour les deux décennies suivantes. Ensemble, ils ont créé plusieurs albums très appréciés, tels que The No Comprendo, Système D et Cool Frénésie, qui ont tous été salués par la critique, tant au niveau national qu’international.

Les deux membres ont participé individuellement à de nombreux autres projets tout au long de leur carrière, notamment le travail de Ringer avec la Marcia Blaine School for Girls (un projet parallèle qu’elle a lancé avec Chichin) ainsi que ses albums solo sortis après la dissolution de Rita Mitsouko en 1997. Ils ont été intronisés dans la liste des musiciens français remarquables du Rock’n’roll Hall of Fame en 2003 avant de se réunir pour quelques concerts à partir de 2007 jusqu’à la mort de Chichin suite à des complications de cancer au début de 2009.

pgr/elc/sp

 

Auctionlab news avec AFP

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