Mise à jour 31 août 2023 par Redak
Tokyo, Japon – Dans un développement sans précédent, le célèbre grand magasin Seibu Ikebukuro de Tokyo a été le théâtre d’une grève jeudi. Cette action intervient à la veille de la finalisation de la vente de l’enseigne à un groupe d’investissement américain, suscitant de vives inquiétudes parmi les employés quant aux implications sociales potentielles de cette transaction.
Il est à noter que c’est la première fois depuis 1962 qu’un grand magasin japonais connaît une telle grève. En 2022, le Japon n’a enregistré que 33 grèves tous secteurs confondus, d’après les données du ministère nippon du Travail.
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Devant l’entrée principale du magasin, un syndicaliste, mégaphone en main, s’excusait pour les désagréments causés. À ses côtés, une vingtaine d’autres employés grévistes distribuaient des tracts aux passants et aux usagers de la gare d’Ikebukuro, située à proximité. Ce grand magasin, avec ses 14 étages, attire environ 70 millions de visiteurs chaque année.
La raison de cette grève ? Environ 900 employés syndiqués de Seibu Ikebukuro ont voulu exprimer leur mécontentement face à la vente de Sogo & Seibu, l’entreprise qui gère leur magasin. Cette enseigne, en difficulté depuis plusieurs années, possède neuf autres grands magasins à Tokyo et dans d’autres régions du Japon. Avec la vente imminente à Fortress, un groupe d’investissement américain, les 5 000 employés de l’enseigne craignent une restructuration drastique.
Yasuhiro Teraoka, le chef du syndicat du magasin d’Ikebukuro, a exprimé ses préoccupations quant à la garantie des emplois après cette vente. La grève a suscité une grande attention médiatique, avec des chaînes de télévision couvrant l’événement en direct.
Susumu Aso, un retraité de 68 ans, a qualifié cette grève de “révolutionnaire”, soulignant son potentiel impact national. Un autre citoyen japonais, âgé de 74 ans, a exprimé son désaccord avec la vente, suggérant que les Japonais devraient manifester davantage, à l’instar des Français.
Les grèves étaient courantes au Japon dans les années 1970. Cependant, avec le ralentissement économique, les syndicats ont cherché à maintenir des relations “stables” avec les employeurs. Hiroyuki Minagawa, spécialiste du droit du travail, explique que l’augmentation des travailleurs temporaires et précaires a également contribué à la diminution des grèves. Les employés de Sogo & Seibu redoutent un changement culturel avec un propriétaire étranger.
La vente de Sogo & Seibu sera conclue vendredi, comme l’ont confirmé Seven & i Holdings et Fortress. Fortress s’est engagé à préserver les emplois “autant que possible” et envisage d’investir plus de 138 millions de dollars pour moderniser les grands magasins.
Les grands magasins, bien qu’étant une institution au Japon, ont du mal à s’adapter aux nouvelles tendances de consommation. Leur nombre a chuté de 311 en 1999 à 181 cette année. Seibu Ikebukuro, idéalement situé à Tokyo, est considéré comme le “joyau” de Sogo & Seibu, mais nécessite des investissements pour sa modernisation.
La grève au grand magasin Seibu Ikebukuro marque un tournant dans l’histoire syndicale du Japon. Alors que le pays a vu une diminution des mouvements de grève au fil des ans, cet événement souligne les inquiétudes croissantes des travailleurs face aux changements économiques et aux acquisitions étrangères. Seul l’avenir nous dira quel impact cette grève aura sur le paysage syndical japonais et sur l’avenir de Sogo & Seibu.
