Mise à jour 10 mai 2023 par Redak
Le mercredi 10 mai 2023, une vente aux enchères a créé des remous dans le monde du luxe et de la philanthropie. Cet événement, organisé par la célèbre maison d’enchères Christie’s, concernait la collection de bijoux de Heidi Horten, une milliardaire autrichienne, et a généré plus de 155 millions de dollars. Cette vente a suscité la controverse en raison des liens passés de son défunt mari avec les nazis.
Rahul Kadakia, directeur international de la joaillerie chez Christie’s, a qualifié la vente d’un “succès retentissant”. En effet, le montant récolté a surpassé le précédent record établi en 2011 lors de la vente des biens de la star hollywoodienne Elizabeth Taylor, qui avait dépassé les 100 millions de dollars.
The auctionlab
La collection Horten comprend plus de 700 bijoux, dont la valeur estimée dépasse les 150 millions de dollars. Seulement une petite fraction de cette collection a été mise aux enchères mercredi, et 150 autres pièces seront proposées vendredi. Le reste de la collection sera vendu en ligne jusqu’au 15 mai et en novembre.
Malgré les appels à l’annulation de la vente de la part de nombreuses organisations juives, la plupart des lots ont trouvé preneur. Cependant, certaines pièces majeures de la collection ont été vendues à des prix inférieurs à leurs estimations.
“Nous avions estimé la collection à 150 millions de dollars au total. Nous avons déjà atteint 155 millions avec la première vente seulement, je pense que c’est un excellent résultat”, a déclaré M. Kadakia.
Avant la vente, M. Kadakia a expliqué pourquoi Christie’s avait choisi de mettre en vente cette collection impressionnante de bijoux. Selon lui, l’origine des bijoux est irréprochable, et “tous les profits de la vente seront reversés à une fondation (la fondation Horten), qui soutient des causes philanthropiques”. Il a également précisé que “Christie’s fera une contribution significative” des recettes de la vente aux institutions juives et à l’éducation sur l’Holocauste.
Cependant, cette vente n’a pas été sans controverse. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a rejoint les opposants à la vente, la qualifiant d’indécente.
Parmi les pièces de la collection de Mme Horten, une bague Cartier ornée d’un rubis “sang de pigeon” de 25,59 carats, estimée entre 14 et 18 millions de francs suisses, n’a atteint que 11 millions de francs au marteau. De même, la “Briolette d’Inde”, un diamant blanc de 90,36 carats attaché à un collier de petits diamants, estimée entre 9 et 14 millions de francs suisses, a été vendue pour seulement 5,2 millions de francs.
L’origine de la fortune de son défunt mari, Helmut Horten, qui possédait l’une des plus grandes chaînes de grands magasins en Allemagne, a suscité des critiques. En 1936, trois ans après l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir, il avait repris la société textile Alsberg dont les propriétaires juifs avaient fui, ainsi que plusieurs autres magasins appartenant à des juifs avant la guerre.
Helmut Horten a ensuite été accusé d’avoir profité de l'”aryanisation” des biens juifs, une politique de spoliation visant à transférer la propriété d’entreprises détenues par des personnes d’origine juive.
Malgré les assurances de Christie’s, le président du Crif a qualifié cette vente aux enchères de “doublement indécente”. Selon lui, non seulement les fonds ayant permis d’acquérir ces bijoux proviennent en partie de l’aryanisation des biens juifs menée par l’Allemagne nazie, mais en plus, cette vente doit financer une fondation dont la mission est de perpétuer le nom d’un ancien nazi.
Le Centre Simon Wiesenthal, spécialisé dans la traque des anciens nazis, et le Comité juif américain ont également dénoncé la vente. “Ne récompensez pas ceux dont les familles ont pu s’enrichir grâce à des Juifs désespérés ciblés et menacés par les nazis”, a plaidé le rabbin Abraham Cooper, un des responsables du centre Simon Wiesenthal.
Pour le Comité juif américain, les efforts de Christie’s ne suffisent pas. L’ampleur de la controverse autour de cette vente souligne la complexité des enjeux éthiques et historiques dans le monde de l’art et de la philanthropie.
L’affaire de la vente des bijoux de Heidi Horten montre à quel point l’histoire peut peser sur le présent, et à quel point elle peut être complexe. Malgré le succès financier indéniable de cette vente, la controverse qui l’entoure témoigne de l’importance d’une provenance irréprochable pour les objets d’art. Les répercussions de l’Holocauste se font encore sentir aujourd’hui, et la nécessité de faire preuve de sensibilité et de respect envers ces événements tragiques est plus importante que jamais.
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