Vrai ou faux: comment reconnaître les contrefaçons d’un meuble design

Mies van der Rohe - Fauteuil Barcelona et son ottoman - 2020

Xavier Pauchard, qui a créé la marque Tolix ; Charles et Ray Eames qui ont démocratisé le meuble design ; Ludwig Mies van der Rohe qui dessine la fameuse chauffeuse Barcelona ; Charlotte Perriand qui revisite le style nippon ; le canapé Togo de Michel Ducaroy… Autant de noms et de créations, pour ne citer que ceux-là, qui incarnent l’aristocratie du mobilier design et qui par leur popularité sont entrés dans le quotidien. Aujourd’hui, ces créations de grands artistes et designers sont si prisés du public et des connaisseurs que les contrefaçons pullulent sur le marché. Comment reconnaître un mobilier authentique et distinguer le vrai du faux?

Passez les détails de fabrication à la loupe

C’est en s’exerçant à observer un meuble avec minutie et sous toutes les coutures que les connaisseurs arrivent à distinguer les vrais des faux. Prenons l’exemple d’un modèle de fauteuil réédité par la maison italienne Cassina, célèbre pour ses meubles haut de gamme : le fauteuil LC2. Ce fauteuil, dessiné par Le Corbusier, Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret en 1928 illustre parfaitement l’esprit Bauhaus : haute facture, intemporel, mélange élégant entre l’acier et le cuir. Le LC2 est réédité par Cassina depuis 1964. Le LC2 authentique réédité par Cassina respecte le design initial du fauteuil : tube d’acier qui se plie aux courbes lisses et polies, épaisseur constante, une certaine dimension des coussins, différents sur le dos et le siège, revêtement de cuir soyeux. Sur chaque modèle original est inscrit un numéro de série, la signature du designer Le Corbusier et celle de la maison Cassin, estampillée du logo de l’entreprise manufacturière.

En cas de doute sur l’authenticité d’un bien, il est donc toujours recommandé de demander l’avis d’un spécialiste. Les connaisseurs vous le diront, en effet : les meubles manufacturés sont différents d’une époque à l’autre, et même d’une usine à l’autre. Pour en revenir au fauteuil LC2 par exemple, avant 1964, il a été produit par la maison Thonet et Embru : les éléments de démarcation cités ci-dessus ne figurent pas encore sur les modèles d’avant 1964. Mais cela, seuls les fins limiers et les connaisseurs pourront vous le dire !

Confrontez les prix des meubles

Aucune comparaison possible: le meuble authentique est souvent largement plus coûteux que sa pâle contrefaçon. Quelques exemples, pour illustrer ce rapport entre la qualité et le prix. L’architecte et designer française Charlotte Perriand crée en 1960 ses chaises que l’on connaît sous le nom de « Les Arcs », initialement destinées à la station de ski du même nom. Il s’agit d’une chaise dont le dos et l’assise sont en cuir vachette bien tendue, et reliés par un tube en acier. Le prix d’une chaise Les Arcs authentique et en bon état coûte au bas mot un millier d’euros. Un prix coûteux, car les chaises ne sont plus produites et sont maintenant des objets de collection. Certains modèles plus récents coûtent aussi cher. Pour donner un ordre d’idée et de prix : le sofa Suita Club conçu en 2010 par le designer italien Antonio Citterio pour être utilisé dans les bureaux, les halls ou les espaces d’attente ne coûte pas moins de 3 500 euros. Dans le marché du contrefait, des exemplaires plagiés sont vendus à des prix bradés. Pour éviter de tomber dans un tel piège, n’hésitez pas à vous informer auprès des connaisseurs et à comparer les cours sur le marché.

Vrai du faux: bien lire entre les lignes

Autre astuce des faussaires: tromper le client en proposant des descriptions abstraites des mobiliers contrefaits. Ainsi, la présentation est truffée de détails et anecdotes qui noie complètement l’information essentielle : il s’agit d’une pièce « inspirée » de la création d’un grand artiste et non la création de l’artiste elle-même. Autre astuce des faussaires : dissimuler la traçabilité du bien. Ainsi, si vous êtes en quête de vrais mobiliers de créateurs, il est important de faire des recherches approfondies, de connaître le parcours des créateurs en explorant sur Internet ou en se renseignant auprès de galeries spécialisées, afin de mieux cerner votre choix. N’hésitez pas à questionner le vendeur ou le revendeur et prenez le temps de bien scruter les détails de la marchandise sur le site de vente en ligne. N’hésitez pas à examiner le site web de l’entreprise manufacturière qui donne généralement la liste de ses revendeurs officiels. Certaines informations sont aussi importantes comme l’adresse et le numéro de téléphone du revendeur. En effet, pour le cas de l’Europe par exemple, certains États, comme l’Angleterre, où la loi est permissive sur les droits de propriété intellectuelle. Aussi, si vous tombez sur un revendeur basé au Royaume-Uni et qui pratique des prix alléchants sur des mobiliers aux designs remarquables, vous savez déjà qu’il peut s’agir d’une copie et que ce commerce n’est pas forcément illégal aux yeux de la loi britannique. Par ailleurs, pour l’acquisition des mobiliers vintage, jouez la sécurité en vous adressant directement à un marchand immatriculé au Registre du commerce. Ces marchands enregistrés vous présenteront des certificats d’authenticité des biens mis en vente, vous ne risquez pas de déconvenue.

A lire aussi  Le fauteuil Eames lounge chair : une pièce phare du design

Galeries de meubles design et entreprises spécialisées en mobiliers

C’est une démarche qui vous sauvera la mise. Vous vous adresserez à des professionnels dont le point d’honneur est de fournir des mobiliers d’exception, authentiques et certifiés. Sur le design market, la galerie de Patrick Seguin à Paris se distingue par la révélation des talents du design en France, en mettant en avant les designers tels Pierre Jeanneret ou Jean Royère, ainsi que par la collaboration avec de prestigieux établissements et musées internationaux tels le Moma de New York, le Centre Pompidou ou bien la Biennale d’architecture de Venise. Mais la galerie est surtout connue pour son expertise dans la collection des mobiliers de Jean Prouvé. Autre adresse française: la galerie Jousse située dans les Marais, à Paris. La galerie Philippe Jousse propose une vision pluridisciplinaire de l’art contemporain: architecture, mobilier d’art, objets design, photographies, sculptures etc. C’est le lieu idéal pour découvrir des créations de nouveaux artistes, en même temps que pour se ressourcer auprès des designers confirmés.

Certaines entreprises de design sont aussi bien indiquées pour vous fournir des mobiliers de qualité et authentique, notamment dans l’aménagement de l’espace de travail et de l’intérieur de l’habitat. La maison Vitra France dirigée par Isabelle de Ponfilly est par exemple propriétaire de nombreuses licences grâce auxquelles elle peut proposer des articles, des meubles et des objets signés par les grands créateurs. Vitra édite par exemple la fameuse Lounge Chair tant prisée par les Américains et imaginée par les designers Eames. L’entreprise produit aussi les tabourets Alvar Aalto, les tables Belleville de style bistro signées Ronan et Erwan Bouroullec. Pour éviter tout risque de vous retrouver en plein cœur d’un embrouillamini de faux, le mieux est encore de s’adresser aux vrais connaisseurs.

Contrefaçons et imitations: des mobiliers copiés qui font perdre une fortune !

Oui, le marché des meubles et objets de design est une véritable manne pour les contrefacteurs : même les maisons les plus réputées peuvent se retrouver piégées par ces derniers. Pour la petite anecdote, Artcurial, la maison de vente aux enchères d’œuvres d’art et objets de collection, organise en 2008 une vente aux enchères de mobilier des années 1950. Les biens sont proposés par un marchand d’art indépendant: Éric Touchaleaume, dont le fournisseur de mobilier est un certain Abdelhakim Bouadi appuyé par un proche, Redouane Faraji. Il propose des pièces de collection, dont des créations de Jean Prouvé, telles qu’une table de salle à manger en aluminium et un fauteuil de style kangourou. Les galeries Laffanour, Jousse et Seguin s’empêchent de racheter ces pièces pour une valeur totale de plus de 210 000 euros. L’authenticité de ces meubles Jouvé sera remis en question en 2009 et sera au cœur d’un procès mémorable. Une anecdote à la facture salée, qui prouve que la bataille entre les mobiliers authentiques et les contrefaçons peut atteindre des extrêmes.

Best seller des contrefaçons: attention, danger !

Si on reste dans le domaine des objets d’intérieurs, certains modèles sont plus copiés que d’autres, en raison de leur succès quasi planétaire. Pour les chaises et les fauteuils, les modèles les plus copiés sont la chaise Tolix dessinée par Xavier Pauchard vers la fin des années 20. C’est une référence dans le mobilier industriel : style épuré en tôle fine et galvanisée d’à peine 8/10 millimètres d’épaisseur. Autre victime de la contrefaçon : la chaise danoise Series 7 conçue par Arne Jacobsen vers la moitié du XXe siècle : chaise ergonomique qui épouse parfaitement le corps en position assise, avec un dossier resserré qui rappelle une taille de guêpe, et un élégant piétement en acier. Autre modèle que vous risquez de croiser un peu partout, la contrefaçon de la chaise « Dining height Side chair Wood » ou DSW, de Charles et Ray Eames qui est un best-seller des années 50 également : chaise légère faite d’une seule coque, initialement conçue avec de la résine de polyester et soutenue par de la fibre de verre, et un piétement en bois et minces fils de fer croisés. Enfin, plus récemment, la chaise Bombo Stool qui a été imaginée en 1997 par le designer industriel italien Stefano Giovannoni est en train de subir les conséquences de la contrefaçon. C’est une chaise pivotante en acier et sans dossier, et qui peut se régler grâce à un piston. D’autres objets plus décoratifs sont aussi plagiés et le plus connu d’entre eux est la fameuse lampe Pipistrello. Cette lampe une création de Gae Aulenti pour la maison Martinelli Luce, en 1965. Si vous voyez ces modèles à prix bradés, méfiez-vous, il y a sûrement une anguille sous roche !