Rétrogaming : quand le vieux jeu vidéo est dans le coup

Le jeu vidéo, un art ?

C’est officiel !  Le jeu vidéo est un art, le dixième de la liste, derrière la bande-dessinée. Et ce n’est pas le MoMa qui dira le contraire. Ce dernier intègre en 2012 dix-huit jeux vidéo à sa collection. Il en possède aujourd’hui vingt, mais on suppose facilement que l’acquisition ne va pas en rester là. En France, le ministère de la culture reconnait aussi une forme d’expression artistique dans le jeu vidéo.

Pour comprendre que le jeu vidéo puisse être reconnu en tant que domaine artistique et protégé comme tel, il faut se pencher sur la définition même du mot art. Le ministère de la culture considère qu’est art une « œuvre de l’esprit ». Que sa quo ? L’œuvre de l’esprit est une création intellectuelle qui a pris forme matérielle et qui dénote d’une originalité de la part de son auteur.

« Gamer » ou pas gamer, chacun avouera que le jeu vidéo a une part artistique bien réelle. Facile d’imaginer qu’illustrateurs et scénaristes ont travaillé au rendu final, sans oublier les créateurs de la musique et les concepteurs de l’animation. Oui, le jeu vidéo est un art, pas forcément encore reconnu par tous, mais son acceptation culturelle est en marche.

Le jeu vidéo, assez vieux pour être rétro

Bien que la numérisation et le digital aient de nombreux adeptes, la dématérialisation est une conséquence qui peut être néfaste. C’est le cas du jeu vidéo. L’image digitale n’existe encore que parce qu’on garde le boitier qui la contient : la console ou la borne. Cet objet, qui lui, n’a pas de dimension artistique, trouve des amateurs de plus en plus nombreux. Certains veulent garder le souvenir de ces jeux qui ont parfois plus de quarante ans, alors que d’autres sont des nostalgiques des premières images 2D. Quoi qu’il en soit, sa longévité fait sa légitimité.

Après plus de quarante ans d’existence, il est maintenant possible de faire une rétrospective du jeu vidéo. C’est d’ailleurs ce que propose la fondation EDF avec l’exposition « Game, le jeu vidéo à travers le temps » (du 1er mars au 27 aout). On y découvre que le jeu vidéo n’a pas d’intérêt seulement pour les gamers : certains n’ont jamais touché à une manette, mais savent en apprécier les images. Celles d’aujourd’hui, toujours plus éblouissantes de réalisme, et celles d’hier, qui avec leurs pixels ont fait la réputation de Tétris ou Pacman. Finalement, c’est la vitesse de l’évolution technologique qu’on regarde aussi. Le vieux Space War de 1962 côtoie ici la réalité virtuelle, nouvelle venue dans le monde des jeux vidéo. 

Pour les plus ferus de rétrogaming,  Tomihiro Nishikado créateur de Space Invaders est attendu la semaine prochaine dans le cadre de l’exposition (sur inscription).

Mario Bros en salle des ventes

Tous les objets auxquels on trouve une dimension artistique se retrouvent un jour en salle des ventes, qui leur promet une nouvelle vie. C’est depuis peu le cas pour le rétrogaming. En 2013, peu après l’acquisition par le MoMa de ses premiers jeux vidéo, la Maison de ventes Millon inaugure le département « des arts des cultures populaires » avec une première vente autour rétrogaming. Il s’agit alors de la première vente européenne du genre, avec à sa tête le seul expert en jeux vidéo et rétrogaming reconnu : Camille Coste. Les résultats sont sans appel : l’estimation globale de la vente a été dépassée, avec de belles surprises comme la cartouche Dino Force qui a atteint 10 000 €.

Expositions et ventes aux enchères renforcent encore l’idée que le jeu vidéo est un art, et le temps qui passe transforme le jeu vidéo en rétrogaming, et avec lui, les amateurs de gaming en collectionneurs.

 

 

 

© Laurent Lecat pour EDF Fondation

© Maison de ventes Millon