Portrait d’un commissaire-priseur  : Elsa Gody, le trésor de Chartres

Elsa Gody

Un sourire dans la voix, des termes toujours employés avec justesse, on aurait envie de passer la journée avec Elsa Gody-Baubau, nous décrivant son métier et l’admiration qu’elle porte à la fin du 19ème, la période Napoléon III. Autant pour les arts décoratifs que la peinture, elle qualifie sa période de prédilection comme « la quintessence, une époque de foisonnement incroyable ». Impressionnée par les œuvres d’Honoré Daumier ou de Félicien Rops qu’elle évoque avec des étoiles dans les yeux, Maître Gody explique que c’est « presque son quotidien » de trouver des objets de cette période dans les inventaires et successions que son activité de commissaire-priseur à l’étude de Chartres lui donne à voir.

Après un bac + 5 recherches en droit privé à Bordeaux, Elsa Gody ne trouve pas, comme elle le dit elle-même « sa tasse de thé » parmi les cursus en droit qui lui sont proposés. C’est après un stage à Bergerac d’où elle est originaire, chez Maître Biraben, qu’elle fait « juste pour voir » qu’elle décide finalement de poursuivre des études en histoire de l’art.

C’est à la Sorbonne puis à l’école du Louvre qu’elle fait son apprentissage, puis débute comme stagiaire chez Artcurial. « Les week-ends, je tenais la galerie d’art contemporain que la maison de ventes du rond point des champs-élysées avait encore à l’époque », pouvant ainsi consacrer les jours de la semaine à ses études. Elsa Gody fait ensuite son stage professionnel, après avoir obtenu le concours d’entrée de commissaire-priseur, chez Maître Frédéric Laurent de Rummel , où elle a passé 6 ans à estimer et vendre les objets de la région. . Elle occupe aujourd’hui la place de commissaire-priseur habilité et est en charge, en binôme, des ventes classiques et courantes à Chartres.

 

Un trésor, pas qu’à la télé

Très enjouée, elle nous raconte comment elle a mis la main récemment sur un trésor trouvé lors d’un inventaire. En ouvrant le placard dans une chambre, la commissaire-priseur a vu un éclat argenté en haut, sur une étagère. Il s’agissait d’une belle boite à bijoux chinoise du début du 20ème dont les propriétaires ne connaissaient pas l’existence ! La rescapée s’est vendue à l’étude de saint Germain en laye 7550 € (frais inclus) lors de la vente du 19 mars dernier.

 

« Depuis l’émission, les gens viennent comme vendeurs et repartent comme acheteurs »

La participation d’Elsa Gody à l’émission « Un trésor dans votre maison » est une expérience très positive pour la jeune femme. Elle lui a bien entendu apporté une notoriété, mais aussi d’autres points positifs dont elle cueille encore les fruits aujourd’hui. Parmi les changements, elle évoque la pédagogie qu’a apporté l’émission diffusée sur M6 qui « a servi à éduquer les gens, surtout sur les prix. C’est-à-dire que les vendeurs acceptent mieux que certaines choses aient une grande valeur sentimentale mais une plus faible valeur pécuniaire. Ils comprennent peu à peu que ce sera plus sur des objets qu’on atteindra certains prix en vente que sur les meubles. Ils ont aussi compris le rôle du commissaire-priseur et son œil d’expert, à qui ils peuvent confier des lots en vente au lieu de les présenter sur des sites internet bien connus . » Cela a ouvert les salles des ventes vers un nouveau public et permis de changer l’image guindée et élitiste des salles des ventes.

« Le trésor a apporté un vertu démocratisante, qui a popularisé, dans le bon sens du terme, les enchères en ouvrant la salle des ventes au plus grand nombre, mais sans baisser la qualité des ventes. Il y a de plus en plus de personnes qui viennent comme vendeurs et repartent comme acheteurs».

 

« Une femme commissaire-priseur, n’est pas une image d’Épinal »

Lors du casting, le choix de la production de l’émission s’est porté sur Elsa Gody. En effet, en plus de ses talents de commissaire-priseur, sa fraicheur et son dynamisme, la jeune femme a su amener une touche féminine à l’image de la profession.

Personnellement, pour notre commissaire-priseur, cela lui a aussi permis d’asseoir une certaine légitimité. En effet, elle nous explique que la féminisation de la profession est encore décriée : « une femme commissaire-priseur n’est pas une image d’Épinal ». Mais l’émission a accordé à Maître Gody un gain de temps dans cette quête de reconnaissance en tant que femme commissaire-priseur, lui apportant une maturité et une autorité dans le regard des clients : « on ne met plus en doute mon expertise » nous confie-t-elle. C’est très régulièrement que ceux qui fréquentent la salle des ventes lui demande au sujet d’ « Un trésor dans votre maison » : « mais ça reprend quand ? »

Journée de l’expertise, mercredi 22 janvier, de 9 à 12 heures et de 14 à 17 heures, à l’Espace de ventes de la Galerie de Chartres, 10 rue Claude-Bernard, au Coudray. Renseignements au 02.37.88.28.20.

mise à jour le 21 janvier 2020