Les univers flamboyants des dessins de Philippe Druillet

Philippe DRUILLET - Huile sur toile signée

Science-fiction : les univers flamboyants du dessinateur Philippe Druillet

Illustrateur, scénariste, passionné de musique, de peinture, Philippe Druillet, est un grand dessinateur créatif, hétéroclite. A travers ses dessins, ses personnages imposent par leurs caractères, leurs traits et l’intensité du récit et de l’histoire dans lesquels il les fait évoluer. Druillet, c’est toute une école. A découvrir.

Aux débuts de Druillet: les premiers pas d’un artiste en herbe

Philippe Druillet voit le jour en 1944. La guerre fera fuir ses parents de la France, vers l’Allemagne puis en Espagne : l’enfant ne rentrera à Paris qu’en 1952. C’était, pour le jeune Philippe, un temps assez particulier, pendant lequel il découvre les salles de cinéma et prendra plaisir à noircir ses cahiers de dessins. Au milieu de son adolescence, il met un pied dans l’univers de la science-fiction en lisant les récits fantastiques d’Howard Phillips Lovecraft. Plus tard, au début des années 1960, il aura la chance de vivre dans le même immeuble que le dessinateur Pierre Georges Marie de Barrigue de Montvallon alias Piem: une proximité qui permettra au jeune homme, de confirmer son attrait pour le monde des arts. C’est l’initiation du peintre et dessinateur Jean Boullet qui lui donnera les fondamentaux du dessin d’artiste. Dès lors, des noms connus comme Louis Pauwels et Jacques Bergier, influenceront son parcours.

La saga Lone Sloane : un héros fantastique qui marquera des générations de fans

Conquérir Salammbo, la fille du suffète Hamilcar de Carthage: un rêve pour le navigateur interstellaire Lone Sloane qui vient de poser son vaisseau sur la planète centrale. Sous le crayon de Philippe Druillet, la scène est intense, chatoyante, et abonde de détails. Il signe son premier album de sci-fi chez Losfeld “Le Mystère des abîmes”, et dévoile aux lecteurs le navigateur Lone Sloane. Plus tard, il revisitera la saga qui se bonifiera d’année en année. Entre 1966 et 2012, Lone Sloane apparaîtra dans onze albums aux éditions Dargaud, aux Humanoïdes Associés, chez Albin Michel ou bien chez Drugstore. Depuis “Le Mystère des abîmes” publié en 1966 à “Délirius 2” sorti en 2012, le héros fantastique marquera le monde sémillant de la BD internationale. La saga Sloane marque un tournant dans le monde de la BD dont les repères classiques volent en éclats. Druillet inaugure une nouvelle idée de la BD et en cela, influencera toute une génération de bédéistes. Car la bande dessinée selon Druillet, c’est une planche à admirer et à dévorer. Il y a dans son travail, autant de modernité que de romanesque, un mélange baroque savamment dosé et où la science-fiction rencontre la littérature. En janvier 2020, Lone Sloane revient au devant de la scène grâce à Xavier Cazaux-Zago et Dimitri Avramoglou qui prolongent le voyage imaginaire du héros entre les stations stellaires.

Salammbô de Flaubert réincarnée dans la science-fiction

Druillet publie en 1980 la trilogie de “Salammbô”. Le dessinateur scénariste s’inspire du roman de Gustave Flaubert, l’assaisonne de son intense imagination, tout en demeurant dans la trame de l’histoire écrite par Flaubert. Évidemment, l’aventurier interstellaire Lone Sloane y est présent, bien que dominé par son adversaire Mathô. On voit, à travers les pages qui retranscrivent les scènes batailles acharnées, reflètent parfaitement la créativité de Druillet : graphique, coloré, vivant, tant et si bien que certaines planches de Salammbô ont été reproduites en peinture. Cette trilogie a quelque chose de romanesque au milieu d’un récit fantastique : un alliage auquel excelle l’artiste.

La Nuit de Druillet: une BD qui oscille entre le sombre et le beau

Dans les rayons de Druillet, l’album “La Nuit”, publié en 1976 est celui qui est lié à l’amour qu’il voue à son épouse Nicole, emportée par le cancer à l’âge de 30 ans. Cette BD culte, décalée, rock’n’roll et novatrice, récemment rééditée, est une œuvre majeure dans la vie professionnelle et même personnelle de l’artiste. C’est un livre dans lequel Druillet évacue toute sa douleur et sa peine. C’est le récit magnifique et désespéré, sans fin heureuse, ni échappatoire, d’une humanité noyée dans l’anarchie.

Métal Hurlant: signature de la diversité de styles insufflée par Duillet

Druillet, Giraud et Dionnet créent en 1974 le magazine mensuel Métal Hurlant. Dans le même sillage, le trio inaugure aussi la maison d’édition Les Humanoïdes Associés. Métal Hurlant, publié par Les Humanoïde Associés est un périodique de bande dessinée de sci-fi qui s’impose comme l’une des magazines de référence de la presse adulte. L’écrivain et journaliste, expert en BD, Patrick Gaumer, parlera de Métal Hurlant comme d’un “laboratoire” qui façonne la bande dessinée contemporaine. Gaumer n’a pas tort : Métal Hurlant sera une pépinière pour des talents prometteurs qu’étaient à l’époque les Serge Clerc, Chantal Montellier, Yves Chaland, Luc Cornillon ou les Denis Sire, tout en donnant une tribune à des auteurs confirmés comme Gotlib, Claude Forest, Hugo Pratt, René Petillon, Enki Bilal et bien d’autres. Métal Hurlant, c’est aussi des critiques de romans et d’ouvrages de science-fiction, souvent virulentes mais bien dans l’esprit vif du magazine. Druillet met en exergue la diversité, tant des noms, des thèmes que des styles et contribue à la réussite évidente du magazine. Pourtant, il mettra les voiles quelques temps plus tard pour s’attaquer à une autre dimension tout aussi passionnante : la télévision.

Les autres mondes de Druillet: Xcalibur, Bleu l’Enfant de la Terre, Wagner Space Opera…

Phillipe Druillet s’attaque aussi au petit écran. En 1986, il dessine la série “Bleu l’Enfant de la Terre” qui compte treize épisodes en images de synthèse. Le projet est ambitieux et reçoit l’appui de la ville d’Angoulême, de Canal Plus ainsi que du Centre national de la cinématographie. Druillet aura cependant l’occasion d’expérimenter les contradictions entre le travail créatif et les contraintes de la production et de l’industrie de l’image en général, comme il le confiera à la presse en 1988. En 2002, aux côtés de l’écrivain Benjamin Legrand et la directrice d’écriture Amélie Aubert, il crée une série en 3D de quarante épisodes, baptisée “Xcalibur”. Xcalibur parle de la princesse Djana dont le père est prisonnier d’un maléfice. Pour le libérer de son sort, Djana doit s’emparer de l’épée Xcalibur et affronter des épreuves et des batailles. Dans d’autres facettes de sa carrière, on retrouvera aussi le talent de Druillet dans la réalisation d’éléments de décor, comme dans la série Les Rois Maudits, réalisée par Josee Dayan, d’après le roman de l’écrivain Maurice Druon. Par ailleurs, il s’associera avec Humbert Camerlo et Rolf Lieberman pour réaliser un spectacle de fiction sur le “Wagner Space Opera”, à l’Opéra de Paris.

Ainsi, on ne parle pas de la BD de science-fiction sans évoquer l’importante contribution de Druillet. En 1973, il reçoit en Belgique le Prix Saint-Michel dans la catégorie de la science-fiction grâce à son livre “Delirius”. Trois ans plus tard, 1976, sa BD “Urm le Fou” lui vaudra d’être récompensé du prix spécial des Grands Prix de l’Imaginaire. Cerise sur le gâteau : l’ensemble de sa carrière professionnelle de dessinateur est couronné par le Grand Prix d’Angoulême de 1988.