La guerre en Ukraine et la collection Morozov à Paris

LA COLLECTION MOROZOV

La guerre en Ukraine : Gauguine, Picasso, Monet… La France peut saisir les œuvres de La collection Morozov La France doit saisir les avoirs des oligarques russes qui font l’objet de sanctions économiques dans le cadre du conflit en Ukraine. Est-il possible de saisir de la même manière les œuvres d’art La collection Morozov, actuellement exposées à Paris ?

La France a commencé à saisir les biens des oligarques russes en France le jeudi 3 mars. Cinq bateaux appartenant à des sociétés et oligarques russes ont ainsi été immobilisés, dont l’un a été saisi à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des sanctions financières imposées par l’Union européenne suite à l’invasion de l’Ukraine. La “task force” du ministère de l’économie a créé une “liste noire” de 510 structures ou individus russes.

Qu’en est-il de La collection Morozov ? Elle est actuellement exposé à la Fondation Louis-Vuitton, à Paris.

La collection Morozov est une exposition très politique.La Fondation Louis-Vuitton présente actuellement l’exposition “Collection Morozov : Icônes de l’art moderne”, qui sera présentée jusqu’au 3 avril 2022. Selon le site internet de la fondation, elle comprend “plus de 200 chefs-d’œuvre de l’art moderne français et russe”. Toutes ces pièces ont appartenu aux frères moscovites Mikhail Abramovich Morozov. L’exposition de La collection Morozov n’est jamais sortie de Russie depuis sa création au début du 20e siècle.

Les œuvres proviennent du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, du musée d’État des beaux-arts de Pouchkine et de la galerie Natal Tretyakov de Moscou. Elles proviennent également des musées de Minsk (Biélorussie) et de Dnepropetrovsk, en Ukraine. Une petite partie de la collection provient également de fondations établies par des oligarques russes, Petr Olegovich, Vladimir et Ekaterina Menikhine, et Vyacheslav Mohe Kantor.

Cette exposition est hautement politique. Le Monde note que le catalogue de l’exposition s’ouvre sur un texte d’Emmanuel Macron, louant les “ponts que les artistes et les amateurs d’art ont construits” entre la France et la Russie. Ensuite, Vladimir Poutine s’adresse à ses amis français avec un texte. Il est rare que deux chefs d’État signent un texte dans un catalogue d’exposition.

Les deux hommes ont réussi à négocier beaucoup pour arriver à cette exposition. De nombreuses crises diplomatiques (guerre en Syrie, annexion de la Crimée par la Russie) ont failli empêcher cet événement. Jean-Paul Claverie était le conseiller du président de LVMH. Il a déclaré au Parisien que l’événement a failli échouer “de multiples fois”. Car une telle collection ne peut voyager sans la signature du président russe. L’exposition a finalement été actée en 2017 dans le cadre du projet Elyséen au Trianon Dialog, qui vise à favoriser une relation franco-russe. Vladimir Poutine a alors été accueilli à Versailles pour s’entretenir directement avec le président français.

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Qu’est-ce qui empêche de la saisir ?
Bien qu’il soit facile d’imaginer une saisie ou un séquestre des pièces de la collection, la loi protège les œuvres d’art exposées grâce à un mécanisme appelé immunité. Celle-ci protège contre l’éventualité d’un séquestre ou d’une saisie. Après une affaire de 1994 qui n’était pas dans l’intérêt de l’organisation, cette loi a été adoptée. À l’époque, un hommage à Matisse était organisé au Centre Pompidou. Les œuvres comprenaient des peintures de la collection Chtchoukine. Les héritiers de Matisse en ont revendiqué la propriété et en ont pris possession. Ce type de conflit ne pouvait être résolu que par l’Etat russe, selon la justice. Olivier de Baecque est un avocat français spécialisé dans le droit de l’art et a été interviewé par France Culture. Il a déclaré que la loi votée après l’incident “nous permet d’anticiper ce genre de problème en rendant les objets prêtés à la France par un Etat étranger insaisissables en France pendant toute la durée de leur séjour dans l’hexagone”. Cette loi permet à la France d’obtenir plus facilement des prêts.

La Gazette Drouot explique que toutes les œuvres de la collection Chtchoukine, qui ont été prêtées à la Fondation Louis-Vuitton par différents musées russes en 2018, ont fait l’objet d’un avis d’insaisissabilité publié au Journal officiel. Des arrêtés similaires ont été pris pour l’exposition Morozov par le ministre de l’Europe, des Affaires étrangères et le ministère de la Culture le 19 février 2021. Pour prolonger l’exposition, deux autres arrêtés ont été pris le 6 janvier 2022 et le 18 mai 2021. Celui-ci est valable jusqu’au 6 avril 2022.

Ne peut-elle pas retourner chez elle, en Russie ?
Cette ordonnance pourrait rester en vigueur jusqu’au 15 mai. Il est prévu que la collection soit renvoyée en Russie à ce moment-là. Le site Connaissance des arts précise que les biens peuvent être retenus indéfiniment en raison des problèmes de sécurité liés au conflit en Ukraine. Les œuvres doivent pouvoir repartir dans les meilleures conditions de sécurité et de sûreté. Olivier de Baecque, de France Culture, déclare que “j’imagine qu' resteront en France jusqu’à ce que le retour soit impossible et que les décrets continuent à être prolongés”.

Ce n’est pas la seule préoccupation en matière de sécurité. Bientôt, la question des oligarques russes propriétaires d’œuvres pourrait aussi se poser. Ils ne figurent pas sur la liste officielle. Il est possible que leurs propriétaires soient pris en charge par l’État français s’ils figurent sur la ” liste noire ” créée par Bercy. Les détails ne sont pas connus.

Source : Franceinfo

informations Pratiques : Exposition du 22.09.2021 au 03.04.2022 – Tarifs De 5€ à 16€ – Fondation Louis Vuitton8 av. du Mahatma Gandhi.