À tous ceux qui pensaient que les premiers graffs étaient nés dans les galeries du métro new-yorkais ou sur les murs du Bronx : l’initiateur du street-art est français ! Gérard Zlotykamien, alias Zloty, bombait les rues depuis déjà 10 ans lorsque, en 1974, naissait Banksy.  

Les 2 et 4 juin, l’artiste précurseur confie à l’hôtel des ventes de la Vallée de Montmorency 120 de ses oeuvres. Mais, qui est vraiment ce street artiste, loin du star-system, devenu, involontairement, un personnage historique ?

Zloty aux enchères chez Valérie Régis

Me Valérie Régis et Gérard Zlotykamien présentant la photo « Ephémères au centre culturel du Marais ». c.1970. Estimée 100 / 150 €

À l’aube du street-art : les premières oeuvres de Zloty aux enchères

Comment est-il venu à peindre dans la rue ? Zloty expose pour la première fois à la Biennale de Paris en 1963, à laquelle participe aussi Arroyo. Ce dernier se fait censurer par le gouvernement pour avoir osé représenter « quatre dictateurs ». Cela révolte Zloty, qui se dirige peu à peu vers une peinture en extérieur. Cette même année apparaît donc sa première oeuvre aérosol sur le chantier du « trou des halles ». Il est alors libre de représenter ce qu’il veut, où il veut, ou presque ! 

graffiti Zloty aux enchères

Beaubourg, 1977

En s’éloignant des expositions conventionnelles pour chantiers détériorés, l’artiste prend un tournant à 90 °. Une des oeuvres de la vente du 2 juin , « l’Ephémère très agé », estimée 10 000 et 12 000 €, immortalise ce moment fatidique. Jules Régis, chargé de la vente, confie qu’ « il s’agit la première des Ephémères, mais c’est aussi et surtout une oeuvre qui fait la jonction entre l’Art Contemporain et l’Art Urbain. C’est un tableau manifeste, un morceau d’Histoire du graff ». 

 

Ephémère très âgée

« Ephémère très âgé », c. 1965. Technique mixte sur toile. Signée et titrée au dos. H : 90 l : 75 cm. Estimation 10 000 / 12 000 €

Les « Ephémères » de Zloty

Zloty est né en 1940, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Il grandit avec l’absence de ses grands-parents, victimes de la déportation nazie. Ce monde qui panse encore ses plaies l’influence énormément.   

Des blessures de l’humanité naissent les Ephémères, ses personnages poétiques, fantômes d’Hiroshima.

street art Zloty

« Ohh la belle Ephémère », 1978. Huile et bombe aérosol sur toile. Signée et datée au dos. H : 115 l : 90 cm. Estimation 1000 / 1500 €

street art Zloty

« Ephémère », 1993Huile sur toile. Signée, titrée et datée au dos. H : 145 l : 115 cm. Estimation 1000 / 1500 €

 

« Alors que Ernest Pignon-Ernest commence à peindre dans les rues des sujets politiques, la démarche de Zloty est plus philosophique : il se demande sans cesse quelle est la place de l’individu. », Jules Régis, chargé de la vente. 

Si Zloty baptise ses personnages les Ephémères, c’est aussi parce qu’ils sont parfois là pour quelques heures seulement. Oui, car le lieu parfait est souvent un chantier, un immeuble voué à la démolition, ou des palissades destinées à être jetées. Gérard Zlotykamien a révélé à Jules Régis « Un matin, je me suis levé, j’ai pris ma bombe et j’ai tagué des cartons dans la rue. Peu après, les éboueurs avaient tout enlevé. C’est ça que je veux. ». 

 

palissade graffiti enchères

« Grande Ephémère ». Bombe aérosol sur ancienne porte de ferme du XVIIIe siècle. H : 204 l : 112 cm. Estimation 2500 / 3000 €

Et parfois, c’est Zloty lui-même qui « efface » ses Ephémères. « En 1977, Zloty expose à la galerie Charley Chevalier. Quelques jours plus tard, il fait venir un huissier et recouvra toutes ses oeuvres à grands coups de rouleau de peinture noire ». De deux ces effacements sont d’ailleurs proposés aux enchères le 2 juin.

En 2007, il réitère la destruction de ses oeuvres, mais cette fois, il les brûle. Finalement, l’Ephémère de Zloty, est-ce le personnage de départ, ou ce qu’il en reste ?

exposition Gérard Zlotykamien

Lot 108 et 109. « Ephémère brulé », 2007. Cendres d’éphémères dans un bocal en verre. Signé. H : 30 cm 300/500  109

exposition Gérard Zlotykamien

« effacements » à la Galerie Charley Chevalier en Novembre 1977

Pour les street artistes, Zloty est une légende de l’Art Urbain 

Lorsque Banksy recherche un certain équilibre dans ses réalisations, il avoue que Blek le Rat l’a fait avant lui. Quant à Blek Le Rat, il confesse s’inspirer directement des oeuvres de Zloty. Jules Régis nous le confirme : « pour les street artistes d’aujourd’hui, Zloty est Papy Graffiti ». C’est une phrase qui évoque celle d’un certain Picasso : « Cézanne est notre père à tous ». Et si Zloty était le Cézanne du street-art ? 

street art Enchères

Paris, Mai 2018

Vente aux enchères à Deuil-La-Barre à l’Hôtel des ventes de la Vallée de Montmorency le 2 et 4 juin

Exposition à l’étude le 1 er juin 10h-12h et 14h-18h et le samedi 12 juin 10h-12h30