Le 3 octobre prochain marquera l’ouverture simultanée du musée Yves Saint Laurent de Paris et celui de Marrakech 16 jours plus tard. C’est au cœur de Paris, avenue Marceau, où se situe la Fondation YSL/Pierre Bergé et l’ancienne maison de couture que le nouveau musée parisien verra le jour. N’étant pas assez spacieux pour tout montrer, Pierre Bergé a choisi de créer un autre lieu dédié à l’œuvre monumentale d’Yves Saint Laurent, à deux pas du jardin Majorelle, à Marrakech.

De l’atelier au musée parisien

Fermée depuis plusieurs mois au public, l’ouverture parisienne avenue Marceau des espaces d’exposition de la fondation YSL/Bergé est donc très attendue. C’est la scénographe Nathalie Crinière et le décorateur Jacques Grange, qui ont été chargés de repenser ces espaces d’exposition dans l’ambiance originelle de la maison de haute couture. Sur plus de 450 m2, une présentation sans cesse renouvelée, alternant parcours rétrospectif et expositions temporaires thématiques, rend compte de la richesse du patrimoine unique conservé par la Fondation.

Yves Saint Laurent travaillant dans son studio parisien

Yves Saint Laurent dans son studio, 1986 © DR

Les visiteurs pénètreront dans le musée par l’entrée historique de la maison de couture, celle qui était destinée aux clientes et aux invités de marque.  Le parcours inaugural présente une cinquantaine de modèles accompagnés d’accessoires, croquis, photographies et vidéos. Les anciens salons de haute couture, et surtout le studio historique d’Yves Saint Laurent se visitent, plongeant le public au cœur du processus de création. Ainsi le Musée Yves Saint Laurent Paris rend compte aussi bien du génie créatif du couturier que du processus de création d’une collection de haute couture.

« J’aimerais que dans cent ans, on étudie mes robes, mes dessins »

C’est en 1992 qu’Yves Saint Laurent prononce cette phrase, un souhait exaucé en avance avec l’ouverture de ces musées.

Yves Saint Laurent est le seul couturier de sa génération a avoir pris la précaution d’archiver l’ensemble de son travail, et ce, dès l’ouverture de sa propre maison de couture, ce qui fait aujourd’hui la richesse de la collection de ces deux musées dédiés au grand couturier. En effet, à partir de 1964, le couturier décide de conserver, pour chacune des collections, une sélection de prototypes, conservés avec ses accessoires (bijoux, chaussures, gants, chapeaux, etc.).

Planche de dessin collection printemps été 1962

Planche de collection « ENSEMBLES HABILLÉS » Collection haute couture printemps-été 1962
© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris

À ces modèles s’ajoute l’ensemble des archives de la maison pour chaque collection : croquis originaux, fiches d’atelier, fiches de manutention, planches de collections, photographies et vidéos de défilé, livres de clientes, archives de presse, etc. En 1982, cette pratique de conservation de certains prototypes devient de plus en plus systématique et institutionnalisée : une mention « M » puis « Musée » apparaît sur les fiches d’atelier. C’est par cette mention qu’Yves Saint Laurent indique les prototypes qu’il choisit de conserver dans les archives de la maison après le défilé. Puis en 1997 est créée l’Association pour le Rayonnement de l’Œuvre d’Yves Saint Laurent dont les locaux sont situés à La Villette. De véritables espaces de conservation dignes des musées sont aménagés afin de conserver les modèles dans des conditions idéales.

En 2002, lorsque la maison de haute couture ferme ses portes et fait place à la Fondation Pierre Bergé– Yves Saint Laurent, la collection est transférée dans le bâtiment historique du 5 avenue Marceau. Les réserves aux conditions muséales sont aménagées dans les espaces où se trouvaient autrefois les ateliers.

Haute couture et prêt-à-porter

Fidèle à sa volonté de rendre la culture accessible à tous,  Pierre Bergé souhaite faire des musées Yves Saint Laurent un temple de la mode qui s’adresse à la fois aux fashionnistas comme aux néophytes.


C’était aussi le cas d’Yves Saint Laurent qui, créé en 1966 à Paris « Saint Laurent Rive Gauche », la première boutique de prêt-à-porter portant le nom d’un couturier, et a ainsi ouvert la voie à ce qu’est devenue la mode d’aujourd’hui. Elle témoigne du souhait d’Yves Saint Laurent d’habiller toutes les femmes, et non seulement les riches clientes de la  haute couture.

Yves Saint Laurent
Croquis original du premier smoking
Collection haute couture automne-hiver 1966
© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris

Croquis d'Yves Saint Laurent, premier smoking

Image à la une: Yves Saint Laurent dans son studio, 1986 © DR