La maison Crait et Muller nous réserve à nouveau une très belle vente : on se souvient de la superbe adjudication d’1 million 200 mille euros réalisée en décembre 2016 avec un magnifique bronze de fourmilier par Rembrandt Bugatti (1884-1916) en 1909. Le 10 décembre prochain à Drouot sera mise aux enchères une importante et unique sculpture équestre du célèbre artiste.

 Oeuvre de jeunesse connue sous le nom des  Chevaux boulonnais ou ardennais , elle a été fondue en bronze à la cire perdue en un unique exemplaire en 1906 ou 1907 par le célèbre fondeur et marchand d’art Adrien Aurélien Hébrard avec qui il a signé un contrat d’exclusivité en 1903. Elle porte par ailleurs sur le revers de la terrasse  l’étiquette de la présentation de la Biennale de Venise en 1909.

 

LA PASSION D’UNE CARRIERE : LE MONDE ANIMAL 

 

     La fonte toute en finesse et détails minutieux ainsi que la patine légèrement nuancée de vert révèlent une superbe sculpture contrastée et d’une grande sensibilité : à l’avant, la tête et la crinière au vent, une jeune jument et son poulain trottent allègrement, à l’arrière, volontairement en retrait, l’étalon marque l’arrêt, les sabots fermement campés dans le sol et la crinière tombante.

    Cette passion pour le monde animal et sa psychologie traverse la carrière de l’artiste qui en fait sa spécialité et sa réputation. Cette sculpture précoce, réalisée en 1906, s’inscrit dans la lignée- tant par son sujet que par sa composition très allongée (119,5 cm) – de deux autres oeuvres réalisées entre 1903 et 1905 :  le Marché aux chevaux et Dix minutes de repos ou Le Grand Fardierhommages au cheval de trait qui au début du XX e siècle a encore toute sa place dans un monde pourtant en grands changements urbains et industriels.

   C’est d’ailleurs au marché aux chevaux de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire à Paris que l’artiste trouve son inspiration.  Réalisée en 1904 et fondue en 1905, son œuvre Marché aux chevaux présente un premier groupe de chevaux. Puis c’est à la campagne qu’il continue à travailler le motif « sur le vif » pour l’oeuvre que l’on connait aujourd’hui. Il en parle dans une lettre adressée à René Dubois, un des associés de la Compagnie A-A. Hébrard & Cie : « Cher monsieur Dubois, j’ai reçu ce matin votre lettre et vous remercie de l’argent que vous m’avez envoyé ; je suis chez monsieur de la Barrière et je travaille en ce moment après des chevaux superbes de race belge, je ferai ensuite des vaches et des bœufs». Ces trois chevaux superbes sont « des chevaux de traits boulonnais ou ardennais. »C’est entre 1906 et 1907 que l’oeuvre finale est fondue.

 

LE BRONZE ET SES SECRETS

 

     L’imposante sculpture nous révèle divers secrets et indices lorsque l’on en fait une observation attentive: elle porte la mention « pièce unique » inscrite dans le bronze, une volonté du fondeur Hébrard répondant déjà à une stratégie commerciale porteuse dans le monde de l’édition de l’époque.

 

     Si l’on observe attentivement le revers du socle on remarque que l’oeuvre a été composée par assemblage de trois sujets distincts, dont le musée d’Orsay conserve encore aujourd’hui les plâtres originaux. La comparaison de ces modèles en plâtre avec l’œuvre a montré combien le bronze est resté fidèle aux modèles originaux : en effet, la sculpture est très peu reprise à froid ce qui révèle une très belle qualité de fonte à la cire perdue sans aucun doute due au talentueux chef d’atelier d’Hébrard, l’italien Albino Palazzolo.  Bien que l’oeuvre ait été conçue comme un tout, Hébrard n’hésitera pas à rééditer les différents sujets séparément.

 

 

    Estimée entre 600.000 et 800.000 euros, la virtuosité, l’intemporalité et le caractère unique de ce chef d’oeuvre ne manqueront pas d’attirer tous les regards à Drouot le 10 décembre !

Vente Crait et Muller

Tableaux-Sculptures- Mobilier et Objets d’art

Lundi 10 décembre 2018 à 13h30

Salle 5-Drouot-Richelieu, 9, rue Drouot 75009 Paris et sur Drouot digital.

http://bit.ly/2RkbcqR