Suite de 10 fauteuils dits Office chair par Pierre Jeanneret pour Chandigarh, Inde. Vente du 24 septembre 2018, Aguttes. Photo : Aguttes. ©Aguttes

     Dans les ventes phares de la saison, la maison Aguttes organise pour la seconde fois de l’année une très belle vente Design le 24 septembre prochain, dont les lots seront exposés au préalable à l’hôtel Arturo Lopez. Gageons que la prestigieuse sélection d’œuvres remportera le même succès que la précédente édition !

    Des 150 pièces de grande qualité qui sont proposées à la vente, toutes racontent l’histoire d’une période du design et de ses influences comme en témoignent les fauteuils en bambou d’Ubunji Kidokoro dont le matériau et la technique traditionnelle de bois courbé inspireront fortement Charlotte Perriand (1903-1999) lors de son voyage au Japon en pleine guerre mondiale. Plusieurs pièces de la célèbre designer qui a travaillé avec Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret sont d’ailleurs présentes dans les lots de la vente.

   Parmi les oeuvres riches en histoire on trouve différentes pièces du mobilier dessiné et conçu par Pierre Jeanneret (1896-1967) pour Chandigarh en Inde.

  Ce nom évoque une ville nouvelle signée Le Corbusier. Or l’invention de cette capitale du Pendjab proche de l’Himalaya est loin d’être l’œuvre d’un seul homme et c’est ce témoignage que contribue à apporter le mobilier conçu par Jeanneret et présenté à la vente ce 24 septembre.

Bureau en teck par Pierre Jeanneret pour les bureaux administratifs de Chandigarh en Inde. Autour de 1960. Estimé entre 15 000 et 18 000 euros. Vente du 24 septembre 2018, Aguttes. Photo : Aguttes. @Aguttes

Bureau en teck par Pierre Jeanneret pour les bureaux administratifs de Chandigarh en Inde. Autour de 1960. Estimé entre 15 000 et 18 000 euros. Vente du 24 septembre 2018, Aguttes. Photo : Aguttes.©Aguttes

 

 

   Un architecte et designer de génie dans l’ombre du Corbusier

   L’architecte et designer Pierre Jeanneret est né en Suisse en 1896 et il collabore une majeure partie de sa vie avec son cousin Le Corbusier. Il édite notamment avec lui le fameux manifeste des « Cinq points vers une Nouvelle Architecture » dont la ligne esthétique conduit à la réalisation de la Villa Savoye entre 1928 et 1931. En 1929, en collaboration avec Le Corbusier et Charlotte Perriand,  il présente au Salon d’automne de Paris des meubles d’une grande modernité en acier, jouant sur l’aspect des matériaux et leurs potentialités modulaires.
Charlotte Perriand qui a donc fréquenté les deux hommes durant de longues années déclarait dans les années 80 :
Le Corbusier assis et Jeanneret. Photo: Jeet Malhora/Fondation Le Corbusier
   « Le Corbusier c’était l’homme de communication, c’était l’homme complet, c’était le philosophe aussi des choses, Jeanneret c’était un peu son ombre, c’était l’homme technique, c’était l’homme déférent vis-à-vis de son cousin mais ils étaient pour moi absolument nécessaires l’un à l’autre […] c’était vraiment une osmose tous les deux ».
    Lorsque l’on parlait de Chandigarh il y a encore quelques années on évoquait plus fréquemment le nom du Corbusier comme concepteur de la ville, portant finalement ombre  à l’œuvre immense de son cousin qui reprend en main le projet lorsque Le Corbusier l’abandonne. Il passe quinze ans de sa vie sur place de 1951 à 1965 afin de créer une ville considérée aujourd’hui comme une référence de l’architecture moderne.

Le Corbusier assis et Jeanneret. Photo: Jeet Malhora/Fondation Le Corbusier.©FLC/ADAGP

    Chandigarh est une des quelques cent villes créées dans les années qui ont suivi l’indépendance de l’Inde en 1947, du fait de la partition territoriale entre l’Union indienne et le Pakistan et les déplacements massifs de population que le phénomène a engendré. La ville est particulièrement symbolique dans la volonté du pandit Nehru qui a souhaité qu’elle soit le symbole de la modernité et l’indépendance du Nouvel Etat. Le Corbusier est sollicité par les Indiens dans les années 50 pour créer cette nouvelle ville : il va concevoir une ville en lignes géométriques, définissant les plans à distance et séjournant deux mois par an en Inde de 1951 à 1965.

Le Corbusier à Chandigarh avec le plan directeur de la nouvelle capitale. Photo: Pierre Jeanneret ©FLC/ADAGP

Le Corbusier à Chandigarh avec le plan directeur de la nouvelle capitale. Photo: Pierre Jeanneret ©FLC/ADAGP

     Comme l’a montré l’exposition « Chandigarh, 50 ans après Le Corbusier »  à la Cité de l’architecture et du Patrimoine à Paris en 2016, la ville a été un laboratoire d’architecture très intéressant et novateur sur des sujets encore d’actualité notamment la densité et la circulation, les rapports entre la ville et la nature,les typologies de logement et bien d’autres encore. Aujourd’hui se pose la question de la sauvegarde du patrimoine moderne de la ville dans des réflexions nouvelles qui chercheraient parfois à se libérer d’un concept considéré comme obsolète.

 Un mobilier moderne et architecturé aux influences indiennes

  Novatrice et passionnante l’est aussi l’histoire du mobilier conçu par Jeanneret pour ces nouveaux habitats et lieux de fonction publique.
   Ses dessins de meubles révèlent un goût prononcé pour des lignes géométriques, architecturales aux angles adoucis par l’usage de matériaux naturels et exotiques comme le teck, le sissoo qui est un bois de palissandre indien. Les formes sont puissantes avec des dossiers inclinés et des piètements fuselés en forme de V, X ou Z.
  Malgré sa modernité, ce mobilier a souffert d’un désintérêt et d’un abandon certain sur place en Inde bien que les designers et décorateurs européens et américains le remettent à sa juste place et au goût du jour dans la décoration d’intérieur ces dernières années.
  On pense aux intérieurs de la star de la télé réalité Kourtney Kardashian et notamment sa salle à manger où l’on retrouve un ensemble de chaises de Chandigarh ou bien encore aux intérieurs réalisés par le décorateur d’intérieur Axel Vervoodt sur la Côte d’Azur.
Un intérieur sur la Côte d'Azur par le designer Belge Axel Vervoordt. Photo: Laziz Hamani
Un intérieur sur la Côte d’Azur par le designer Belge Axel Vervoordt. Photo: Laziz Hamani ©Laziz Hamani

La pureté des lignes et des matériaux employés par Pierre Jeanneret pour ses meubles en fait donc encore aujourd’hui des pièces tout à fait intemporelles qui ne manqueront pas d’intéresser des collectionneurs lors de cette vente.