Alors que la retrospective Alphonse Mucha au Musée du Luxembourg s’annonce déjà comme une des expositions phares de la rentrée, connaissez-vous vraiment cet artiste?

Maître de l’Art Nouveau et un des pères de l’affiche publicitaire, Mucha était aussi un artiste engagé et accompli. De Sarah Bernhardt à Paul Gauguin, il côtoya les guest-stars de la Belle Époque et tissa des liens forts avec les plus grands peintres de l’Art Moderne. Découvrez vite cette personnalité aussi indomptable que les lianes végétales, si caractéristiques du style Mucha !

1 – Art et politique

Né en pleine renaissance nationale tchèque, Alphonse Mucha (1860-1939) grandit en croyant passionnément en une nation tchèque indépendante de l’empire austro-hongrois auquel elle était rattachée. Dans sa ville natale d’Ivančice, l’adolescent talentueux défend très tôt cette cause politique, en illustrant des magazines satiriques locaux et en décorant des auditoriums

Alphonse Mucha 
Autoportrait en chemise russe (roubachka) dans l’atelier de la rue de la Grande-Chaumière Paris, 1882 tirage moderne à partir du négatif original sur plaque de verre 
Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 

2 – Mucha refusé à l’académie des Beaux-Arts !

En 1878, sa candidature à l’académie des Beaux Arts de Prague est refusée ! Mucha participe alors comme amateur à des spectacles de théâtre en tant qu’auteur-compositeur en scène et décorateur. Il commencera ses études à l’académie des beaux arts de Munich seulement en 1885 grâce au soutien financier du comte Eduard Khuen-Belasi (1847-1896)

3 – Des besoins pécuniaires révèlent son talent

Mucha arrive à Paris à l’automne 1887. Mais au début de l’année 1889, lorsque Eduard Khuen-Belasi cesse de payer son allocation, Mucha est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins. Il débute alors des illustrations pour des livres et des revues à des maisons d’édition à Paris et à Prague.

4 – Une rencontre décisive avec Sarah Bernhardt

C’est Sarah Bernhardt qui lancera définitivement la carrière d’affichiste de Mucha. En effet, il rencontre la grande tragédienne en décembre 1894. Il réalisera pour elle l‘affiche de Gismonda, une pièce de Victorien Sardou. Mucha signe un contrat de 6 ans avec Sarah Bernhardt pour concevoir les décors, les costumes et es affiches de ses productions.

Alphonse Mucha 
Sarah Bernhardt : portrait en pied, étude 
c.1896 plume et encre sur papier 41.5 x 26 cm Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 
Alphonse Mucha 
Gismonda
1894 lithographie en couleur 216 x 74.2 cm Fondation Mucha, Prague 
© Mucha Trust 2018 

5 – Une aide précieuse pour Gauguin

À la fin du mois d’août 1893, Paul Gauguin, récemment rentré de Tahiti, est sans le sous. Il entre à Paris dans la crèmerie de madame Charlotte, où se réunit le cercle des artistes de la rue de la Grande Chaumière dont Mucha fait partie. Lui qui commence à percer dans l’illustration, vit à l’époque au n° 8, en face de la crèmerie. Il dispose d’un atelier qu’il va partager avec Gauguin, qui prépare alors une exposition de son œuvre tahitienne.

6 – Le style Mucha ou la naissance de l’Art Nouveau

Rare sont les artistes qui donne leur nom à un courant artistique ! C’est pourtant le cas pour Alphonse Mucha. En tant qu’affichiste, il développe un style très personnel – le style Mucha– caractérisé par des formes sinueuses, des lignes organiques et une gamme subtile de tons pastel. Ce style devient populaire et incarne très vite le mouvement Art nouveau.

Alphonse MUCHA (d'après), illustrateur 
Les Douze Mois de l'Année. Série Complète.
Cartes horizontales avec dos simple, ni écrites, ni voyagées. 
Dim. : 9x14 cm
Vendu sur Bidtween 

 

7 – Mucha Joaillier

Lorsque l’orfèvre et joaillier parisien Georges Fouquet (1862-1957) reprend la boutique de son père en 1895, il est déterminé à renouveler le style de la maison en engageant de nouveaux talents. Attiré par les magnifiques bijoux figurant sur des affiches de Mucha comme Médée et Zodiac, il contacte l’artiste et en 1899, il lui confie la conception de toute une collection de bijoux – boucles d’oreilles, colliers, bagues et broches – pour son stand à l’Exposition internationale de Paris en 1900.


Alphonse Mucha 
Chaîne ornementale et pendentifs dessinés par Mucha et réalisés par Georges Fouquet 1900 or, émail, perle d’eau, nacre et pierres semi- précieuses Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 

8 – Immense succès pendant l’Exposition Universelle de 1900

Quand l’Exposition universelle de Paris ouvre ses portes en 1900, Mucha est déjà une figure de proue de l’Art Nouveau. Il réalisera pour cet événement notamment la décoration du pavillon de la Bosnie-Herzégovine, commande du gouvernement autrichien. Il reçoit la légion d’honneur pour sa contribution à l’Exposition universelle de Paris. Quand il se rend pour la première fois aux États-Unis en 1904, il est qualifié de « plus grand artiste décoratif du monde ».

9 – Une retrospective au Musée du Luxembourg

Saviez-Vous qu’Alphonse Mucha était un grand affichiste, mais aussi un peintre talentueux et un artiste accompli ? C’est cette facette moins connu de l’artiste que l‘exposition de la rentrée au Musée du Luxembourg mettra en lumière du 12 septembre 2018 au 27 janvier 2019, où l’exposition réunit les grandes pièces qui ont fait son oeuvre,

Si les affiches de sa période parisienne font sa renommée, Mucha est un artiste polyvalent : peintre, sculpteur, photographe, décorateur, et un professeur apprécié ! Mais ses convictions politiques et humanistes l’amèneront à renoncer progressivement à cette veine purement décorative, et à entreprendre des cycles de peinture d’histoire, parfois sur très grand format, dans un esprit militant et idéaliste.

affiche de l’exposition Alphonse Mucha 
Réunion des musées nationaux - Grand Palais 2018 © Mucha Trust 2018 
Alphonse Mucha 
Noël en Amérique 
1919 Huile sur toile 83 x 79 cm Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 

10 – Une fin de vie mouvementée

En 1939, les allemands envahissent la Tchécoslovaquie. Mucha est alors arrêté et interrogé par la Gestapo. Il est libéré, mais sa santé se dégrade vite. Il meurt le 14 juillet à Prague. Il est enterré au Slavin (le panthéon tchèque), au cimetière de Vyšehrad à Prague.